Chapitre II — Ce qu’on garde quand on a peur du vide
Lui
Les jours passent.
Je travaille.
Je dors mal.
Je pense à elle tout le temps.
Je me dis que ça doit s’arrêter.
Mais ça reste.
Toujours.
Lui — La nuit du message
Un soir.
Notification.
Une photo.
Elle pleure.
Puis le message :
« On doit vraiment arrêter. »
« Je dois le choisir lui. »
« Mais je ne veux pas te perdre. »
Je reste immobile.
Elle — La scène réelle
Je pleure devant mon ex-compagnon.
Je lui dis que je le choisis lui.
Que je ne veux pas perdre ce qu’on a construit.
Que je l’aime.
Elle — La vérité intérieure
Je ne l’aime pas.
J’aime la stabilité.
Le cadre.
Le déjà construit.
Avec l’autre…
Il faudrait créer.
Construire.
Se battre.
Avec lui…
Je me greffe.
Je prends place.
Je vampirise.
Je respire dans quelque chose qui existe déjà.
Je ne sais faire que ça.
Lui — La coupure
Je coupe.
Je ne réponds plus.
Je tiens toute la semaine.
Elle — Le vendredi — Chez sa mère
Je suis chez ma mère.
Elle me tire les cartes.
Elle annonce :
Rupture.
Renouveau.
Âme sœur.
Grand amour.
Mais ce n’est pas vraiment ce que disent les cartes.
C’est une combine.
Entre elle et moi.
Elle — Le miroir
On est pareilles.
Même si je ne veux pas.
Je suis souvent dégoûtée d’elle.
Et de moi.
On ment…
En croyant ce qu’on raconte.
On fabrique une vérité.
Puis on finit par la vivre.
On manipule.
On trompe.
Et on s’en va s’en rien assumer.
Jamais.
On a partagé des hommes.
On a même eu un enfant au même moment.
Comme si on voulait partager la grossesse.
Elle a pris le premier venu pour ça.
On n’est plus vraiment mère et fille.
On est presque deux sœurs.
Elle — Ce que je fais avec ça
Je lui parle du tarot.
Je choisis les mots.
Je sais exactement ce que ça va produire chez lui.
Lui — L’espoir qui revient
Quand elle parle de me revoir…
Je replonge.
Lui
On passe nos journées à s’écrire.
Du matin au soir.
Du soir au matin.
Comme deux adolescents qui auraient trouvé un téléphone dans les ruines.
Elle m’écrit un jour :
— C’est fou… personne ne m’a jamais écrit autant.
Je réponds :
— C’est un problème ?
Elle dit :
— Non.
— J’adore ça.
Alors j’écris encore plus.
Je lui envoie tout.
Des choses drôles.
Des références aux chansons qu’on aime.
Des photos absurdes.
Des mots doux.
Des mots brûlants.
Parfois des choses obscènes.
Un jour, je lui envoie une blague sur l’éjaculation précoce.
Je réponds moi-même :
— Ah ben ça, c’est moi.
Elle répond :
— Mais non… enfin…
Pause.
— Un petit peu.
Je reste figé.
— Ah bon ?
— Pourtant tu ne te plains pas quand on est ensemble…
— Tu dis que c’est formidable…
Je tape.
J’efface.
Je retape.
— Tu me sens bien ?
— C’est assez bon pour toi ?
— Ou il faut que je fasse mieux ?
Elle ne répond pas tout de suite.
Et je pense à toutes les fois
où, juste après l’amour,
elle me parlait des autres.
De leurs corps.
De leurs performances.
Comme des fantômes qu’elle faisait entrer dans le lit.
Alors je me dis :
ce n’est peut-être pas assez.
Je ne suis peut-être pas assez.
Elle
Il est chiant.
Toujours à vouloir être rassuré.
Toujours à chercher une preuve.
Mais en même temps,
je l’ai bien cherché.
Je sais ce que je fais.
Je sais que ça va le pousser
à en faire plus.
Et moi,
je n’en ai jamais assez.
Ce n’est jamais assez.
Alors je lui envoie des choses.
Surtout des choses sexuelles.
Des images.
Des phrases.
Des promesses.
L’autre jour, je lui ai envoyé un truc :
« Pour ton anniversaire, je t’offre ma chatte. »
Ça le fait rire.
Ça le tient.
Ça le garde là.
Lui
Je remarque que tout tourne autour de ça.
Le sexe.
Le désir.
Elle m’a fait une immense déclaration d’amour.
Une fois.
Il y a quelques semaines.
Et depuis…
plus rien de ce genre.
Moi, tous les matins,
je lui écris :
Ma déesse.
Mon amour.
Le soleil de mes nuits.
La lune de mes jours.
Je lui dis que je l’aime
infiniment de fois le tour de l’infini.
Je lui dis que la formule est déposée.
Qu’il y a un copyright.
Qu’elle n’a pas le droit de me la voler.
Elle me dit qu’elle m’aime.
Mais parfois,
ça sonne creux.
Comme un mot appris.
Comme une réponse attendue.
Et je me demande
si sa seule façon d’aimer,
c’est le sexe.
Je me demande
si c’est vraiment de l’amour.
Elle
J’aime quand il m’écrit.
J’aime quand il écrit autant.
J’ai l’impression d’être importante.
D’être le centre.
D’être quelqu’un.
Mais ses grandes déclarations…
Tous les jours…
Je ne sais pas quoi répondre.
Je ne sais pas faire ça.
Je ne sais pas aimer comme ça.
Alors je réponds avec ce que je sais faire.
Le désir.
Le jeu.
Le corps.
Ou je lui dis juste :
c’est mignon.
Je sais jouer.
Mais pas aussi loin.
Je ne peux pas vivre
dans une déclaration d’amour permanente.
Je ne sais pas être
celle qu’il voit.
Lui
Quelques jours plus tard c'est jour de fête !
Fête de la musique.
Je marche dans la foule.
Je regarde les gens vivre.
Et je pense :
Elle devrait être là.
Elle — Les messages du soir
Je lui écris :
« J’ai envie de toi. »
« Ça fait longtemps que je n’ai couché avec personne. »
Elle — La vérité
Il ne sait pas…
Que je couche encore avec mon ex-compagnon.
Mais maintenant…
Il faudra que j’arrête.
J’ai vraiment envie que ça marche.
Enfin…
Je crois.
Lui — Le jeu trouble
Je plaisante.
Elle dit :
« Tu es quand même très pervers. »
Je réponds :
« Toi aussi. »
Elle dit :
« Qu’est-ce qui te fait dire ça ? »
Je dis :
« Tu sais très bien de quoi je parle. »
« Tu n’es pas si prude que ça. »
« Tu veux juste le faire croire. »
Elle — Le vertige
Il voit des choses.
Pas tout.
Mais assez pour me faire peur.
Je ne suis pas assez prudente.

Les reflets trompeurs
Les apparences peuvent être si convaincantes, surtout lorsque notre esprit est le premier à vouloir y croire. Ce chapitre explore comment les miroirs déformants de la manipulation et des auto-illusions nous incitent à persévérer sur un chemin périlleux. Qu'est-ce qui nous pousse à ignorer les signes, à rester les yeux fermés devant l'évidence d'un amour qui s'écroule ?

Le poids des silences
Le silence peut être lourd de non-dits, de peurs inavouées et de vérités douloureuses. Dans ce passage, nous abordons les moments où le mutisme devient une carapace, un refuge fragile contre le vide émotionnel. Chaque mot retenu, chaque sentiment enfoui, tisse une toile qui piège les protagonistes dans un cycle de manipulation et d'incertitude.

S'accrocher à l'illusion
Lorsque le vide menace, la tentation de s'accrocher à la moindre lueur d'espoir, même si elle est fausse, est immense. Ce chapitre met en lumière cette lutte intérieure, ce besoin désespéré de trouver un sens ou une échappatoire, quitte à se mentir à soi-même. Quels sacrifices sommes-nous prêts à faire pour éviter la chute finale ? Découvrez les choix déchirants qui jalonnent ce parcours vers l'effondrement.
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