Chapitre IV — La soirée chez elle 

Lui — L’arrivée

 

Quand j’arrive chez elle, je sens tout de suite que quelque chose est étrange.

L’air est trop chargé.

Comme avant un orage.

Elle ouvre la porte trop vite.

Trop fort.

Et je comprends immédiatement qu’elle a déjà bu.

Ses yeux brillent.

Ses gestes sont trop larges.

Elle me serre dans ses bras.

Longtemps.

Son compagnon est là.

Et très vite, je comprends que je suis déjà de trop.

 

Elle — Avant qu’il arrive

 

Je suis déjà ivre quand il arrive.

Parce que j’ai passé des heures au téléphone avec ma mère.

Et parfois…

Ça ne passe pas entre nous.

J’ai l’impression d’être la mère de ma mère.

D’être celle qui doit gérer ses bêtises.

Ses hommes.

Ses histoires.

Ses drames.

Et ça m’épuise.

Alors j’ai voulu faire la fête.

Boire.

Rire.

Ne plus réfléchir.

Et quand je le vois entrer…

Je sens mon ventre se serrer.

Je me dis :

Regarde-le bien.

Fais-lui comprendre que tu le veux. 

 

Lui — Le salon

 

On parle de tout.

De rien.

On boit encore.

On fait des jeux à boire.

Elle parle de sexe.

Dit avec un sourire coquin qu’elle serait beaucoup trop timide pour aller dans un club échangiste.

Parle de son sextoy qu’elle dit utiliser souvent.

Puis dit qu’elle est prude.

Je ne comprends pas.

Mais j’écoute.

 

Elle — Les histoires

 

Je parle de mon mariage.

Je raconte que j’ai trompé mon mari.

Et je le raconte avec une sorte de fierté étrange.

Comme si c’était une preuve de liberté.

Comme si c’était une victoire.

Puis je parle de mes ex.

Je parle d’un ex toxicomane qui habite toujours en ville.

Je dis que ça me fait beaucoup de peine.

Qu’il est resté toxicomane.

Que j’habitais chez lui avec ma chatte.

Qu’il était violent.

Qu’il était drogué.

Qu’un jour, dans une crise de rage, il m’a jetée dehors avec toutes mes affaires.

Je raconte ça comme un abandon.

Comme une injustice.

Dans ma tête, je pense :

Il m’a surtout jetée dehors parce qu’il a découvert que je le trompais.

Sans arrêt.

Comme les autres.

Mais ça…

Je ne le dirai pas.

Il faut que je sois la victime.

Toujours.

Je parle aussi de lui.

Celui chez qui je suis retournée vivre quand mon mari et moi nous sommes séparés.

Je raconte que c’était quelqu’un d’important.

Que je le connaissais depuis longtemps.

Que j’avais confiance en lui.

Je dis que je suis retournée chez lui parce que je n’avais plus nulle part où aller.

Que c’était une évidence.

Mais dans ma tête, je me souviens de la vérité.

La première fois, j’avais dix-huit ans.

Ce n’était pas officiel.

C’était un de mes amants.

Un de ceux qui m’adoraient.

Un de ceux que j’ai détruits.

Il croyait qu’un jour je me mettrais avec lui.

Il croyait qu’il était différent.

Il croyait qu’il comptait plus que les autres.

Mais je couchais avec d’autres hommes en même temps.

Beaucoup d’autres.

Quand il l’a appris, il a disparu.

Complètement.

Plus de nouvelles.

Plus rien.

Je l’avais brisé.

Et des années plus tard…

Je suis revenue.

Comme si de rien n’était.

Et il m’a reprise.

Évidemment.

Je raconte qu’il buvait.

Qu’il fumait.

Qu’il était autoritaire.

Que j’ai fini par partir.

Dans ma tête, je pense :

La vérité, c’est que j’étais déjà ailleurs.

Déjà en train de chercher d’autres hommes.

Déjà en train de préparer la suite.

Je parle du photographe.

Le beau photographe.

Je dis qu’il couchait avec les filles qu’il prenait en photo.

Dans notre lit.

Dans ma tête :

C’est faux.

C’est moi qui draguais d’autres mecs.

Notamment son colocataire.

Avec qui j’ai couché quelques mois plus tard.

C’est lui qui m’a quittée.

Pas l’inverse.

Je parle aussi du prof de surf.

Super canon.

Parfait.

Je vois bien que ça le trouble.

Parce que plus tôt, j’ai dit que je détestais les grands costauds.

Mais je continue.

Je mélange tout.

Je raconte.

Je simplifie.

Je déforme.

Je vois dans ses yeux qu’il veut me protéger.

Qu’il a de la peine pour moi.

Qu’il pense que je n’ai pas eu de chance.

Et ça me donne envie de continuer.

 

Lui — Le compagnon

 

Il est là.

Il sourit parfois.

Mais ça ne va pas.

Je vois qu’il souffre.

Et elle…

Elle me regarde comme si on était seuls.

 

Elle — Ma mère

 

Je parle de ma mère.

Je lui raconte qu’elle a eu beaucoup d’amants.

Qu’elle trompait mon père.

Même avec des amis à lui.

Je lui raconte les hommes violents.

Les histoires qui finissaient mal.

Comment elle passait d’un homme à l’autre.

Comment elle nous trimballait, nous les enfants,

dans ses histoires d’amour,

dans ses ruptures,

dans ses drames.

Je lui dis que j’ai grandi dans ça.

Dans ce chaos-là.

Je veux qu’il comprenne.

Je veux qu’il voie d’où je viens.

Je veux qu’il comprenne que…

Peut-être…

Je suis un peu instable.

Que parfois je ne sais pas rester.

Que parfois je casse tout.

Même quand je ne veux pas.

 

Lui — Ce que ça me fait

 

Quand elle parle…

Je sens quelque chose se serrer en moi.

Parce que ça me fait penser à ma propre mère.

À ses hommes.

À ses tempêtes.

Et ça me rapproche d’elle.

Et ça me fait peur.

 

Lui — Dehors

On sort.

Il pleut.

Elle veut bouger.

Rire.

Exister.

Elle m’entraîne sur le trampoline.

Elle force son compagnon à venir.

Il a l’air profondément mal à l’aise.

On saute.

On rit.

Des adolescents passent.

Ils l’insultent.

La traitent de salope.

Elle pleure.

 

Elle — L’insulte

 

Je dis que je ne suis pas ça.

Mais je ne sais plus.

Je pleure.

 

Lui — Contre moi

 

Je la serre contre moi.

Je sens son corps trembler.

Et je sais qu’on vient de franchir quelque chose.

Elle — Lui

Il sent bon.

Il est chaud.

Je veux qu’il m’embrasse.

 

Lui — Le retour dedans

 

On rentre.

Le compagnon prépare le canapé pour moi .

Il se couche.

Elle ne lui dit pas bonne nuit.

On reste tous les deux.

On parle.

Encore.

 

Lui — L’aveu

 

Je lui dis qu’elle m’a toujours plu.

 

Elle — La réponse

 

Je dis que je ne savais pas.

Mais je mens.

 

Lui — Le moment

 

Je dis qu’on devrait s’embrasser.

 

Elle dit :

 

« On ne peut pas…

 

J’aime mon compagnon… »

 

Je la regarde.

Je parle doucement.

 

« Je vois très bien que tu ne l’aimes pas. »

« Tu es là pour la situation. »

« Vous n’avez rien à faire ensemble. »

« Et ça se voit. »

 

Elle — Sa pensée

 

Comment il fait pour voir ça ?

Comment il fait pour comprendre ?

Ça me fait peur.

Et ça m'excite en même temps.

 

Lui — Le baiser

 

Je pose ma main dans son cou.

Je l’embrasse.

 

Elle — Pendant le baiser

 

Le monde disparaît.

Je murmure :

« Oh là là…

Personne ne m’avait jamais embrassée comme ça… »

« C’est complètement fou… »

 

Elle — Après le baiser

 

Je panique.

 

" Tu pourrais trouver tellement mieux que moi… une fille avec des gros seins !"

 

 Je suis tellement complexée par mon corps parfois…

Dans le fond… j’ai besoin du désir des hommes… pour m’aimer. 

 

Lui — Ma réponse

 

Je pose ma main sur sa joue.

 

« Tu es parfaite comme ça.

Tu es exactement ce que j’aime. »

 

Elle — Le canapé

 

Je m’allonge.

Je tends les jambes.

Je le regarde.

 

« Tu sais…

Tu pourras penser à moi quand tu seras seul…te branler en pensant fort à moi »

 

Je souris.

 

« Moi je le fais souvent.

Depuis qu’on s’est revus au concert…

Il y a deux ans.Je pense même à toi quand je baise avec mon mec parfois»

 

Lui — Le bord

 

Je m’assois à côté d’elle.

On s’embrasse encore.

Elle me regarde avec un des yeux brûlants de désir.

Elle me dit d’ouvrir mon pantalon.

Je sais que si je reste…

Je vais coucher avec elle .

 

Elle — Avant qu’il parte

 

Je l’embrasse encore.

« Oui clairement … on ne m’a jamais embrassé comme ça ! »

 

Lui — Le départ

 

Je pars.

Ivre.

J’ai du mal à conduire.

Quand je rentre, je lui écris.

Que c’était inévitable.

Que ça devait arriver.

Que j’ai toujours voulu elle.

Et je sais déjà.

Rien ne sera plus jamais simple.

Une intimité voilée de secrets

La douceur apparente de cette soirée, vécue sous le toit de l'un des protagonistes, se teinte rapidement d'une ambiguïté palpable. Les confidences échangées, les sourires partagés, tout semble normal en surface. Pourtant, une tension sous-jacente s'installe, annonciatrice des non-dits et des vérités cachées qui commencent à affleurer. Une façade de normalité se craquelle sous la pression des émotions refoulées.

Le fil ténu de la tromperie

C'est au cœur de cette soirée, là où l'on s'attendrait à la plus grande sincérité, que les premiers indices de manipulation se révèlent. Un regard fuyant, une omission délibérée, un mensonge subtil... Ces petits détails s'accumulent, tissant une toile de tromperie qui menace de se resserrer autour de nos personnages. Le lecteur commence à percevoir les fissures et le lent processus de déception qui s'enclenche.

Prélude à la chute

Cette soirée, loin d'être un moment de paix, devient un jalon crucial dans le récit de l'effondrement. Elle scelle des destins, révèle des intentions et prépare le terrain pour les déceptions à venir. Ressentez l'amertume grandissante, l'angoisse sourde et la mélancolie d'un amour qui, malgré les apparences, est déjà condamné. Ce chapitre vous invite à embrasser la complexité des émotions qui mènent inévitablement au drame.