Chapitre III - Les masques et le feu
Lui
Je tourne en rond.
Mais cette fois, ce n’est plus la tristesse.
C’est la colère.
Une colère froide.
Précise.
Structurée.
Je comprends.
Les profils.
Les rôles.
Les catégories.
Les hommes sincères —
les romantiques,
les amoureux,
les stables.
Son ex-mari.
Moi.
Ceux-là, elle les choisit pour construire une image.
Pour être rassurée.
Pour être entretenue.
Pour avoir une base solide.
Et pour les manipuler.
Parce qu’ils aiment vraiment.
Parce qu’ils pardonnent.
Parce qu’ils croient.
Et puis il y a les autres.
Les dominants.
Les réputations.
Les types dont on dit qu’ils sont “intenses”.
Les mecs dont on parle après pour leur performances sexuelles.
Ceux-là, elle les choisit pour vibrer.
Pour se sentir vivante.
Pour se sentir traversée.
Et moi j’étais quoi ?
Un socle.
Un garde-fou.
Un plan B respectable.
Manipulable.
Lui
Un soir, je lui écris.
À l’ex.
Celui avec qui elle vit toujours.
Celui qu’elle a trompé avec moi.
Et probablement…
Celui avec qui elle m’a trompé moi aussi.
Je ne sais pas si je le fais pour lui.
Ou pour moi.
Peut-être pour mettre des mots sur ce que je refuse encore d’admettre.
Je me souviens de la façon dont elle parlait de lui.
Ce n’était pas de la tristesse.
Ce n’était pas de la nostalgie.
C’était du mépris.
Un mépris froid.
Tranchant.
Elle disait qu’un jour, quand il lui avait dit qu’il l’aimait…
Elle avait eu envie de vomir.
Pas envie de partir.
Envie de vomir.
Elle disait qu’elle était restée pour ce qu’il représentait.
Pas pour ce qu’il était.
Pour l’argent.
Pour la sécurité.
Pour le confort.
Parce qu’il payait tout.
Les Birkenstock.
Les sacs hors de prix.
Les vêtements.
Le coiffeur.
Les manucures.
Le loyer.
La bouffe.
Tout.
Absolument tout.
Et elle disait ça sans honte.
Comme on parle d’un arrangement.
Comme on parle d’un contrat.
La seule chose chez lui qu'elle aimait vraiment chez lui ?
Sa grosse bite, ça virait presque à l'obsession quand elle en parlait.
Aujourd’hui, je lui écris.
Je lui dis qu’elle ne l’a jamais aimé.
Qu’elle disait des horreurs sur lui.
Qu’elle riait de ses tentatives pour la reconquérir.
Qu’elle me montrait ses poèmes.
Ses messages.
Et qu’elle trouvait ça pathétique.
Je lui dis aussi une chose qu’il doit savoir.
Que bien avant que je vienne pour la première fois chez vous…
Elle me faisait déjà du rentre-dedans.
Qu’elle insistait.
Qu’elle provoquait.
Qu’elle ouvrait des brèches.
Et qu’elle a continué ensuite.
Que rien n’était un accident.
Que tout ressemblait à un plan.
Un plan qu’elle avait déjà exécuté.
Plusieurs fois.
Je lui écris qu’il doit se souvenir.
De tous ces hommes dont elle parlait.
Toujours avec la même phrase :
« Ce n’est pas mon genre. »
Mais elle en parlait quand même.
Souvent.
Avec précision.
Avec insistance.
Les soirées.
Les messages.
Les “amis”.
Les confidences ambiguës.
Les histoires inutiles.
Je lui dis :
Je suis sûr que si tu demandes à tous ces mecs-là…
Elle t’a trompé avec eux.
Et je sais très bien qu’elle m’a trompé aussi.
Avec toi.
Je lui dis qu’elle me faisait venir chez lui.
Sans gêne.
Sans respect.
Qu’elle n’avait peur de rien.
Je lui dis surtout autre chose.
Le pire.
Qu’elle est fausse.
Qu’elle n’a aucune profondeur.
Qu’elle s’adapte à chaque interlocuteur.
Qu’un jour elle dit qu’elle déteste quelque chose.
Et que le lendemain elle dit l’inverse.
Juste pour plaire.
Juste pour correspondre.
Juste pour être aimée.
Je lui dis qu’elle fantasme sa propre vie en permanence.
Qu’elle la réécrit selon celui qui l’écoute.
Qu’elle n’est jamais la même personne.
Qu’elle n’est jamais elle-même.
Je lui écris qu’elle se dit victime.
Tout le temps.
De tout le monde.
Mais qu’on peut être victime une fois.
Peut-être deux.
Mais pas de tout.
Pas de tous.
Que quand toutes les histoires finissent mal.
Quand tous les hommes sont les bourreaux…
Alors peut-être…
Que le problème, ce n’est pas les autres.
Je lui dis que je l’ai compris.
Trop tard.
Je lui dis que malgré tout ça…
Malgré ce que je vois maintenant…
Il y a encore une partie de moi qui répond.
Qui répond aux souvenirs.
Aux regards.
Aux nuits.
Aux mots.
Je lui dis que je me raccroche encore aux moments où elle semblait vraie.
Et que je me déteste pour ça.
Parce que ce n’est pas possible.
On ne peut pas aimer quelqu’un qui fait ça.
On ne peut pas aimer quelqu’un qui détruit comme ça.
Et pourtant.
Je crois que je l’aime encore.
Ou peut-être que j’aime ce que j’ai cru qu’elle était.
Je termine le message sans savoir si je l’écris pour le sauver lui.
Ou pour me sauver moi.
Je l’envoie.
Et il n’y a rien.
Pas de réponse.
Juste le silence.
Un silence qui ressemble à quelqu’un
qui savait déjà.
Lui
Je repense aux chansons qu’elle disait adorer.
Toujours les mêmes thèmes.
Toujours le même champ lexical.
Corps.
Transgression.
Perversion douce.
Sous-entendus lourds.
Du sexe, encore du sexe, toujours du sexe.
Elle disait être prude.
Toujours.
Avec ce sourire.
Je comprends maintenant.
La pudeur était un masque.
Un prétexte.
Pour pouvoir dire ensuite :
“Je ne suis pas comme ça normalement.”
Pour que les hommes pensent
qu’ils l’avaient révélée.
Qu’ils étaient spéciaux.
Qu’ils l’avaient libérée.
Alors que c’est elle qui dirigeait.
Toujours.
Elle se disait fragile
pour tenir plus fort.
Lui
Je commence à écrire.
Encore une lettre.
Pas une lettre d’amour.
Une lettre de vérité.
Tu choisis les hommes comme on choisit des armes.
Les doux pour les plier.
Les bruts pour vibrer.
Et moi je suis quoi dans ton histoire ?
Le mec au petit sexe ?
Celui qui ne tient pas longtemps ?
Celui avec qui tu as simulé ?
Celui dont tu t’es lassée parce qu’il posait trop de questions ?
Parce qu’il voulait être rassuré ?
Parce qu’il ne comprenait pas que c’est toi
qui as créé la jalousie ?
Que c’est toi
qui as semé le doute ?
Que c’est toi
qui as soufflé sur les braises ?
Je t’ai demandé si tu m’aimais vraiment.
Tu m’as répondu que oui.
Mais aimer, ce n’est pas tester.
Aimer, ce n’est pas comparer.
Aimer, ce n’est pas provoquer pour voir si l’autre tient.
Tu m’as fait croire que je n’étais pas assez fort.
Mais tu ne sais même pas ce que c’est, la force.
La force, c’est rester.
La force, c’est être fidèle.
La force, c’est ne pas avoir besoin d’un miroir permanent.
Je m’arrête.
Je tremble.
Je relis.
Je continue.
Je connais la réputation de tes ex.
Je sais qui ils sont.
Je sais comment on parle d’eux.
Et je me demande ce que tu racontes sur moi.
Est-ce que je suis devenu une anecdote ?
Un chapitre ridicule ?
Le romantique naïf ?
Le type fragile qui a craqué ?
Tu as dit que tu étais un poison.
Non.
Tu es un incendie.
Et tu reviens toujours vérifier
si les ruines te regrettent.
Je signe.
Je respire.
Et je vais poster la lettre.
Elle
Je reçois une nouvelle lettre.
Je la lis
Mais je n'y répondrai pas.
Je ne peux pas nier ce qu'il y dit.
Je n'ai aucune envie de me justifier .
Ni aucune envie de le provoquer.
Silence.
Lui
Le silence est pire que la dispute.
Mais au moins cette fois
je ne doute plus.
Je ne suis pas parfait.
Je ne suis pas un acteur porno.
Je ne suis pas un dominant.
Je suis un homme qui aime.
Et peut-être que pour elle
c’est exactement ça le problème.
Lui
Un soir,je me retrouve à remonter le fil.
Encore.
Toujours.
Les messages.
Des kilomètres de mots.
Des matins.
Des nuits.
Des promesses.
Je fais défiler lentement.
Comme si je pouvais tomber sur une preuve.
Une faille.
Un endroit où tout aurait été vrai.
Et puis je retombe dessus.
Une publication Instagram qu’elle m’avait envoyée.
Une image simple.
Un fond pâle.
Et cette phrase :
« Dans ce monde de choix, je te choisirai toujours toi. »
Je me souviens du moment où je l’ai reçue.
Je me souviens de la chaleur.
De la certitude.
Aujourd’hui, je la regarde à nouveau.
Et je pleure.
Les larmes tombent toutes seules.
Silencieuses.
Je murmure :
— Si seulement c’était vrai…
Je reste longtemps à fixer l’écran.
Comme si elle pouvait répondre maintenant.
Comme si le passé pouvait encore changer.
Alors je fais quelque chose que je ne devrais pas faire.
Je lui renvoie la capture.
Et j’écris :
Est-ce que c’était au moins vrai… tout ça ?
Je reste là.
Le téléphone dans la main.
Le cœur suspendu.
Entre ce qu’elle a dit.
Et ce qu’elle a fait.

Les visages cachés de la passion
Chaque geste, chaque mot est un indice dans cette danse complexe de séduction et de dissimulation. Ce chapitre révèle les profondeurs insoupçonnées des personnages, là où les intentions véritables se dissimulent derrière des sourires forcés et des regards fuyants. Le masque est une protection illusoire, mais aussi une prison silencieuse, prélude à la manipulation et au mensonge décrits dans cette Chronique d'un effondrement annoncé.

Le feu des secrets et des non-dits
Quand les non-dits s'accumulent et que la vérité est camouflée, une chaleur dangereuse commence à couver. Ce chapitre explore l'escalade des émotions, la tension palpable et le risque que le moindre faux pas embrase tout. Le feu peut réchauffer les cœurs au début d'une histoire d'amour, mais il peut aussi consumer sans pitié, menant inéluctablement à la tromperie et à l'effondrement final. Les flammes de la passion, parfois destructrices, sont ici à leur apogée.

Les conséquences de l'illusion
Au fil des pages du "Masque et le feu", les illusions s'effritent, révélant la fragilité des liens construits sur le mensonge et la manipulation. Ce chapitre est un tournant où les fondations de l'histoire sont testées, et où les personnages commencent à sentir le poids de leurs choix et de leurs dissimulations. L'effondrement est inévitable, et ses prémices sont brûlantes, marquant le début de la fin pour cette histoire d'amour complexe.
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