Chapitre X - La rechute douce
Lui
Quand elle m’écrit qu’elle est en bas, mon cœur cogne trop fort.
Je suis persuadé que le cadeau a ouvert quelque chose.
Qu’on va parler.
Que tout va s’aligner.
J’ouvre la porte.
On ne se fait pas la bise.
On se regarde timidement.
Elle s’assoit dans le fauteuil.
Moi sur le canapé.
On parle du spectacle.
Du quotidien.
De banalités qui tremblent.
Je propose une tisane.
Elle
On va dans la cuisine.
On choisit les sachets comme si c’était un sujet important.
L’eau chauffe.
On ne parle presque plus.
On est chacun à un angle du meuble.
Je regarde mon téléphone.
Je relève les yeux.
Il me regarde.
Je détourne le regard.
Il dit des choses pour me faire rire.
Je souris.
Je meurs d’envie qu’il m’embrasse.
Mais je ne bouge pas.
Lui
Je reste appuyé contre le plan de travail.
Elle est à l’autre bout.
Je fais une blague.
Elle sourit.
Et ça me tue.
Je meurs d’envie de l’embrasser.
Mais je ne bouge pas.
Elle
On retourne dans le salon avec nos tasses.
Je m’assois.
J’ai froid.
Il le voit.
Lui
Elle frissonne.
Je monte le chauffage.
— Sinon… ce qui réchauffe bien… c’est les câlins.
Mais attention…
Tu as cinq minutes pour profiter de deux câlins gratuits.
Après, l’offre expire.
Je souris.
Elle
Deux câlins.
Cinq minutes.
Je sais ce qu’il fait.
Je sais ce que ça provoque.
Et ça me plaît.
— D’accord.
Lui
Je me lève.
Je la prends contre moi.
Son corps.
Sa chaleur.
Son odeur.
— Alors ? Ça réchauffe ?
— Oui.
— Tu veux utiliser le deuxième câlin tout de suite ?
Elle hoche la tête.
Je la serre encore.
Et au moment où je la relâche…
Elle m’embrasse.
Elle me pousse doucement sur le canapé.
Elle m’embrasse encore.
Je suis submergé.
— Je t’aime… je suis désolé…
Je me culpabilise encore.
J’ai l’impression que tout est de ma faute.
Elle
Il s’excuse.
Encore.
Ça me rassure.
Il parle de changement.
Chez lui.
Chez moi.
Je fais semblant d’être d’accord.
— On va y aller doucement.
On ne dira rien à personne.
Dans ma tête :
Je garde mes autres options.
Je ne m’affiche pas.
Lui
Elle dit que ses feux de voiture ne marchent pas bien.
Qu’elle déteste conduire la nuit.
Je propose qu’elle reste.
Qu’elle prenne le lit et moi le canapé.
Elle refuse.
— On dort ensemble.
Mon cœur explose.
Elle
Dans la chambre, je me déshabille sans hésiter.
Je sais l’effet que ça lui fait.
On fait l’amour.
Fort.
Intense.
Je lui murmure :
— Tu vois que tu n’es pas mauvais au lit.
Je te sens bien au fond de moi.
On est connectés.
Je n'ai jamais autant pris mon pied avec quelqu'un !
Je sais l’effet que ça produit.
Dans ma tête :
Je sais créer cette sensation.
Je recommence...
Lui
Après.
On reste allongés.
Je parle.
Je parle énormément.
Tout sort.
Sans filtre.
Sans contrôle.
Comme si ma vie dépendait de ce moment.
Comme si je devais tout lui dire avant qu’elle disparaisse encore.
Je lui parle de moi.
De mes peurs.
De mon passé.
De mes blessures.
De ce qu’elle représente.
De ce qu’elle a changé.
Je parle.
Je parle.
Je parle.
Elle
Je l’écoute.
Je suis captivée.
Je souris.
Je suis heureuse d’être là.
Heureuse de le voir vivant.
Heureuse de l’entendre.
Heureuse de sentir qu’il m’aime.
Et je me dis :
Peut-être que je l’aime vraiment.
Ou peut-être…
que je suis juste attachée à lui.
Ou peut-être…
que c’est parce qu’on vient de faire l’amour.
Parce que je me sens comblée.
Maintenant.
Tout de suite.
Lui
Je la regarde.
Et tout remonte.
Toutes ses phrases.
Toutes ses comparaisons.
Tous les complexes.
Des complexes que je n’avais jamais eus avant elle.
Jamais.
Avant elle, je n’avais jamais douté de ma virilité.
Jamais douté de mon corps.
Jamais douté de ma valeur.
C’est elle…
qui a créé ça en moi.
Avec ses comparaisons.
Ses histoires.
Ses fantômes.
Je parle.
— Je ne comprends pas…
Pourquoi je ne suis jamais assez…
Pourquoi je ne me sens jamais assez viril avec toi…
Alors qu’avant…
je ne me suis jamais posé cette question…
Jamais.
C’est toi…
qui as créé ça en moi…
Quand tu compares mon sexe…
Mes performances…
À tes ex…
Encore et encore…
Elle me regarde.
Longtemps.
Avec un immense sourire.
Ses yeux brillent.
Elle pose sa main sur mon torse.
Et elle dit doucement :
— Je te trouve très masculin.
Très viril.
Tu n’es peut-être pas le plus musclé.
Pas le plus large.
Mais tu as un corps magnifique.
Un visage atypique.
Une voix incroyable.
Tout le monde autour de moi te trouve beau.
Et moi…
Je me sens bien avec toi.
Vraiment.
Les autres hommes…
sont juste jaloux de toi.
Parce que tu es magnifique.
Et elle y croit.
Sur l’instant.
Lui
Ses mots me traversent.
Me réparent.
Me détruisent.
Je parle encore.
Je n’arrête plus.
Je suis surexcité.
Lumineux.
Vivants.
Elle rit.
Elle dit qu’elle n’a jamais été aussi heureuse.
Je la crois.
On refait l’amour.
Encore.
Encore.
Lui —
Et puis presque comme une anecdote sans importance, je lui raconte cette soirée chez ma meilleure amie.
On buvait des verres, tous les deux sur le canapé, à rire pour rien.
On avait pris son téléphone.
On s’était amusés à faire défiler des profils Tinder.
Comme un jeu.
Un jeu idiot.
On commentait les visages.
Les prénoms.
Les poses.
Puis, soudain, je lui dis :
— Tu sais… on est tombés sur le profil de ton ex.
Celui avec qui tu vis.
Je souris légèrement.
— Ça m’a fait bizarre.
Elle — La réaction
Je me redresse immédiatement.
— Ben quoi ?
Ma voix est plus dure que prévu.
— Il a bien le droit de m’oublier.
Je détourne le regard.
Elle
Quel salaud.
Il va voir ailleurs.
Je sens une brûlure dans ma poitrine.
Une colère absurde.
Injustifiée.
Parce que je sais.
Je sais tout ce que je lui ai fait.
Je l’ai trompé.
Plusieurs fois.
Sans qu’il le sache.
Et même maintenant…
Officiellement, on est censés recoller les morceaux.
Officiellement, on essaie encore.
Et lui…
Lui ne sait rien.
Je déteste ça.
Je déteste perdre l’emprise.
Je déteste l’idée qu’il puisse regarder une autre femme.
Qu’il puisse la toucher.
La désirer.
Même si moi, j’ai tous les droits.
Même si moi, je fais pire.
Et au fond…
J’ai peur.
Peur qu’il découvre autre chose.
Quelque chose de simple.
Quelque chose de sain.
Je sais très bien comment ça se passe.
Il suffit d’une femme normale.
Une femme stable.
Honnête.
Quelqu’un qui ne ment pas.
Qui ne disparaît pas.
Qui ne détruit pas tout.
Et là…
Il va comprendre.
Il va ouvrir les yeux.
Il va voir la différence.
Il va voir ce que je suis vraiment.
Et il partira.
Lui
Je la regarde.
Sa mâchoire est crispée.
Ses yeux sont ailleurs.
Je ne comprends pas pourquoi ça la touche autant.
Après tout…
C’est elle qui est partie.
C’est elle qui vit encore avec lui.
Je me dis que c’est peut-être normal.
Peut-être que ça lui fait quelque chose quand même.
Peut-être qu’elle l’a aimé.
Peut-être qu’elle l’aime encore un peu.
Je n’ose pas poser la question.
Alors je fais semblant que ce n’est rien.
Elle
Je lui parle de ce mois sans lui.
Je dis ça presque avec fierté.
— Je suis allée voir l’ami du festival, tu sais.
Je le regarde.
Je vois tout de suite qu’il se ferme.
Je continue quand même.
— On a parlé de toi.Je marque une pause.
— Je lui ai raconté.
Je hausse les épaules.
— Il m’a dit que ce n’était pas bien ce que je faisais.
Je laisse le silence s’installer.
— Il m’a dit que je créais de la dépendance affective.
Je souris légèrement.
— Que c’était normal que tu aies mal.
Dans ma tête :
Il m’a regardée comme les autres parfois.
Comme s’il voyait.
Comme s’il comprenait.
Comme s’il savait ce que je fais.
Mais il est resté quand même.
Il reste toujours.
Je termine :
— Il m’a dit qu’il te comprenait.
Lui
Je reste immobile.
Je ne sais pas ce qui me fait le plus mal.
Qu’elle soit allée le voir.
Ou qu’elle lui ait parlé de moi.
Qu’elle ait raconté notre histoire.
Notre intimité.
À un autre homme.
Et que cet homme…
ait vu clair.
Plus clair que moi.
Je murmure :
— Et toi… tu lui as répondu quoi ?
Mais au fond,
je crois que je connais déjà la réponse.
Parce qu’elle est là.
En face de moi.
Et qu’elle continue.
Comme si de rien n’était.
On finit par s'endormir.
Elle
Le matin, je pars.
Il m’écrit.
Je réponds :
que je suis bien rentrée.
Que je suis épuisée.
Que ça m’a fait tellement de bien de l’écouter parler.
Qu’il m’a terriblement manqué.
Que j’ai adoré l’entendre ne plus s’arrêter.
Et puis j’écris :
Je t’aime.
Je t’aime.
Je t’aime.
Je t’aime.
Parce que sur l’instant…
je le crois.
Je lui envoie une photo.
Je porte la marinière rouge.
Je sais l’effet que ça va lui faire.
Il va planer toute la journée.
Dans ma tête :
Qu’est-ce que j’ai fait.
Je ne sais pas être stable.
Je ne sais pas être saine.
Mais je sais prolonger.
Peut-être que je peux profiter encore un peu.
Jusqu’au concert.
Après…
on verra.

Les échos d'un amour complexe
Dans ce dixième chapitre, "La rechute douce" explore les subtilités des liens qui refusent de se rompre. Est-ce l'habitude, la nostalgie, ou la peur de l'inconnu qui nous pousse à revisiter ce que l'on pensait avoir laissé derrière soi ? Une lecture qui questionne les fondations de l'attachement et la force de l'emprise émotionnelle dans cette histoire de manipulation et de mensonges.

Quand les vieilles habitudes reprennent le dessus
La nature humaine est complexe, et les schémas relationnels s'ancrent profondément. Ce chapitre met en lumière ces moments où la vigilance s'estompe, et où l'on se laisse glisser vers des comportements ou des situations que l'on s'était juré d'éviter. Une plongée dans les mécanismes insidieux de la rechute, souvent camouflée sous un voile de tendresse ou de familiarité, menant inexorablement vers le dénouement.

L'inéluctable et le choix
Chaque pas dans "La rechute douce" est un dilemme. Est-ce une faiblesse, ou une étape nécessaire dans un processus de guérison, ou de perdition? Le lecteur est invité à explorer la ligne ténue entre l'attrait du passé et la quête d'un avenir différent. Une narration poignante sur la bataille intérieure, les compromis silencieux, et l'impact de la tromperie sur le parcours des personnages.
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