Chapitre V - L'anniversaire des absents


Lui — Le matin de son anniversaire


C’est son anniversaire.
Je la serre contre moi longtemps.
Plus longtemps que d’habitude.
Comme si mon corps savait déjà.
Comme si mon corps voulait retenir quelque chose qui m’échappe.
Je l’embrasse.
Je lui fais l’amour.
Je la regarde.
Et j’ai le cœur brisé.
Parce que ce soir…
Elle va le fêter chez elle.
Avec ses enfants.
Ses parents.
Son demi-frère.
Sa demi-sœur.
Sa meilleure amie.
Son compagnon.
Ses enfants.
Et lui.
Son ex.
Puisque c’est chez lui que ça se passe.
Puisqu’elle vit encore là-bas.
Elle me caresse le visage.


— Je penserai à toi toute la journée.
— Je t’écrirai.


Je hoche la tête.
Je souris.
Comme si ça suffisait.
Elle part tôt.
Elle doit tout préparer.
Tout vivre sans moi.


Elle — Chez elle, avant la fête


Je me maquille.
Je mets une belle robe.
Je me regarde longtemps.
Je prends une photo.
Je lui envoie.
Il me dit que je suis magnifique.
Je souris.
Dans ma tête :
Je vais dire à tout le monde qu’on s’est remis ensemble.
Tant pis pour mon ex.
Ça le poussera peut-être à en faire encore plus.
J’aime qu’on soit en concurrence pour moi.
J’aime être le centre.
Les invités arrivent.
Je suis couverte de cadeaux.
Évidemment.
J’ai bien joué la victime.
Encore une fois.
À lui…
Je n’écris presque pas.
Juste assez pour qu’il reste là.
Qu’il attende.


Lui — Seul


Je tourne en rond.
Je fais de la musique.
Je cuisine.
Je regarde mon téléphone.
Rien.
Puis une photo.
Puis plus rien.
Je me couche seul.
Triste.

Elle 

Je termine la soirée avec mon ex on boit beaucoup et je couche avec lui ... J'appelle l'autre quand tout le monde est couché.


Lui — 2h17


Le téléphone sonne.
Je sursaute.
C’est elle.
Je réponds immédiatement.


— Allô ?


Sa voix tremble.


— Ça ne va vraiment pas bien…
— Il fallait que je t’appelle absolument…
— C’était horrible aujourd’hui…
Je me redresse.
— Qu’est-ce qu’il y a ?


Elle pleure.


— J’ai dit à tout le monde qu’on s’était remis ensemble…
— Mon père m’a traitée de folle…
— Il a dit qu’il ne me reconnaissait pas…
— Que tu allais me tuer…
— Que tu étais un psychopathe.


Je ferme les yeux.


— Mais…
— Tu avais dit qu’on ne dirait rien pour l’instant…


Elle répond immédiatement :


— Oui mais on s’aime beaucoup trop fort pour aller doucement.
Je reste silencieux.

Je demande :


— Et ton père…
— Ce n’est pas lui qui frappait les femmes ?


Silence.
Puis :


— Et alors ?


Je respire.


— Je pense que venant de quelqu’un qui a fait ça…
— Me traiter de psychopathe…
— C’est quand même un peu limite…
— Il aurait pu être plus tolérant…
— Je ne sais pas ce que tu as raconté…


Sa voix devient plus dure.


— Tout le monde pense que tu es instable.
— Avec tout ce que tu as fait.
— Les messages.
— Tout ça.


Je serre le téléphone.


— Tu m’as quitté du jour au lendemain.
— Sans explication.
— C’est normal que je sois perdu.
— Que je fasse n’importe quoi.
— C’est humain.
— Et je t’ai prouvé que je t’aimais vraiment je crois.


Silence.


— Tu leur as dit ça ?
— Oui.
— Je leur ai dit.
— Ils disent que tu me manipules.


Je murmure :


— Tu sais que c’est faux.


Elle dit doucement :


— Oui… je sais…


Elle — Ce qu’elle pense
Le manipulateur…
Ce n’est pas celui qu’ils croient.


Elle — Le retrait


Elle respire.
Puis elle dit :


— Mais…
— Ce n’est peut-être pas le bon moment pour recommencer…


Ces mots me traversent.
Comme une lame.


Elle continue :


— Je t’aimerai toujours…
— Et je te retrouverai…tu es mon âme sœur.
— Même quand tu seras chauve et vieux…
— Je te trouverai toujours magnifique.


Je réponds immédiatement :


— Si tu me quittes encore une fois…
— Tu peux m’oublier.


Silence.
Elle dit :


— Quelqu’un qui est très cher pour moi m’a dit de faire attention…que je ne dois pas te laisser me changer.


Je réponds :


— Ton ex.


Elle ne répond pas vraiment.
Mais je sais.
Puis je dis :


— Il n’y a pas de question de changer.
— Juste arrêter les choses malsaines.
— Les ambiguïtés.
— Les autres.
— Faire les choses normalement.


Elle souffle.


— J’ai déjà fait trop de compromis pour les hommes.


Je réponds :


— Franchement…
— Quand tu me racontes ta vie…
— Je n’ai pas l’impression.


Silence.
Puis je dis :


— Si tu veux vraiment de moi…
— On va y aller doucement.
— On ne dira rien aux autres.
— Et quand ça tiendra…
— On leur montrera qu’ils avaient tort.


Elle répond immédiatement :


— D'accord.
— Mais tu es trop jaloux.


Je réponds :


— C’est toi qui me rends jaloux.
— Je ne l’ai jamais été avant toi.
— Et tu es encore plus jalouse que moi.
— L’autre jour…
— Quand tu as vu ma meilleure amie dans tes suggestions sur Facebook.


— Tu as dit " Mais pourquoi j'ai cette pute en suggestion ?!"


— Tu imagines des choses.

— Et toi ?
— Tu as tes ex en amis.
— Tu mets ta liste d’amis en privé.
— Il y a des mecs qui mettent des cœurs sur tes photos.
— Ce qui n’arrive pas chez moi.
— Je suis transparent.


Je réponds :


— Je ne provoque personne.
— Toi oui.
— Et après tu me reproches d’être jaloux.


Silence.
Puis elle dit :


— Il y a quelqu’un…
— Qui m’a souhaité mon anniversaire aujourd’hui…
— Et je ne t’ai rien dit.
— Parce que tu aurais imaginé des choses.


Je reste silencieux.


Elle — Ce qu’elle pense


C’est lui.
Celui chez qui je suis allée vivre
quand mon mari m’a mise dehors.
Celui que j’ai détruit.
Celui qui est encore sous emprise.
Il a dû apprendre que j’étais “seule”.
Une nouvelle ouverture.
Une porte de sortie.
Il est encore là.
Prêt à me reprendre.
Bête.
Naïf.
Innocent.
C’est bon à savoir.

Une autre porte de sortie au cas où , j'aurais qu'à claquer des doigts et faire le même baratin que d'habitude.


Elle — La promesse
Elle reprend :


— Ok…
— D’accord…
— On va continuer…
— Parce que je ne peux pas supporter l’idée de te perdre encore.


Elle — Ce qu’elle pense


Il s’accroche.
Encore.
Je vais pouvoir en tirer le maximum.


Elle — La maison


— Mon ex est d’accord pour me laisser la maison un soir cette semaine, mercredi normalement.
— Mon père va prendre les enfants.
— Ma meilleure amie viendra.
— On parlera.


Lui


— Ne te laisse pas embobiner.
— C’est toi qui dois décider.
— Écoute ton cœur.


Lui — La fin


On raccroche.
Je reste dans le noir.
Avec l’espoir
qu’elle reste.
Avec la peur
qu’elle parte déjà.

Le poids des souvenirs inachevés

Chaque absence pèse son poids, surtout lorsqu'elle est célébrée ou commémorée. Ce chapitre explore la manière dont les fantômes du passé s'invitent à la fête, forçant les protagonistes à confronter ce qui a été perdu, ou ce qui n'a jamais existé. Les échos lointains des promesses brisées commencent à définir le futur d'une histoire d'amour remplie de manipulation et de mensonge.

Les premières fissures de l'illusion

Sous le vernis d'une normalité forcée, les fissures s'élargissent. Cet anniversaire n'est pas seulement une date, c'est un miroir cruel qui reflète la réalité des masques tombant. Les manipulations subtiles prennent une dimension plus sombre, préparant le terrain pour la confrontation inévitable et l'effondrement annoncé. L'ambiance générale s'assombrit, révélant les vérités cachées.

Le décompte silencieux avant la chute

Le Chapitre V est une étape cruciale, un point de non-retour discret mais profond. Il jette les bases des révélations futures, montrant comment les liens fragiles peuvent se rompre sous le poids des non-dits et des trahisons. Chaque mot, chaque silence, est une brique de plus dans la construction de l'effondrement final. Préparez-vous à la suite de cette chronique troublante.