Chapitre VIII — Tango in the night

Lui

 

Elle arrive en fin de matinée.

J’ai fait les grosses courses.

Préparé les menus pour la semaine entière.

Je veux qu’on ait du temps. Rien d’autre à faire que d’être ensemble.

Je lui parle du programme :

mon cousin qui doit passer pour qu'on aille chez les bouquinistes,

et samedi aller voir mon père.

Elle sourit.

Un sourire fragile.

 

Elle

 

Quand il parle de son père, je dis :

— Je suis fière que tu me présentes aux gens les plus proches de toi.

Je le pense.

Mais ça me met en danger.

Avec lui, je sais être exactement ce qu’il aime.

Avec les proches, ça ne marche jamais.

Ils voient clair.

Toujours.

 

Lui

 

Il fait très chaud.

On ferme les volets à moitié.

Les travaux vibrent dans la rue.

Je mets la musique fort.

On enlève nos vêtements.

On vit nus presque toute la journée.

On est mieux ici que partout ailleurs.

 

Elle

 

On ne sort presque pas.

Bossa-nova.

Fleetwood Mac.

Dire Straits.

Hubert-Félix Thiéfaine.

Quand il parle de musique, c’est complètement fou.

Il connaît tout.

Les anecdotes derrière les albums.

Les ruptures qui ont inspiré les chansons.

Les tensions dans les groupes.

Les studios d’enregistrement.

Les histoires cachées dans les paroles.

Il raconte ça avec une intensité incroyable.

Je le regarde.

Il est magnifique , passionné par ce qu'il dit , habité.

 

Lui

 

Je mets Tango in the Night.

Everywhere démarre.

On avait dit que ce serait notre chanson.

 

Elle

 

Au début je trouvais ça naïf.

Mais finalement…

Peut-être que ça pourrait être la nôtre.

J’ai même chanté Everywhere avec les enfants.

Je lui montre la vidéo.

Il est touché.

Dans ma tête, pourtant, pour moi ce serait plutôt Little Lies.

Mais je veux croire à Everywhere.

 

Lui

 

Je mets Big Love.

Je monte le volume à fond.

Les respirations du pont envahissent la pièce.

On se regarde.

On s’embrasse.

 

Elle

 

Quand il met Big Love, je sens la fièvre monter.

Puis il met Thiéfaine.

 

— “Je bande pour toi, petite…”

 

J’éclate de rire.

Je le dévore des yeux.

On fait l'amour.

Encore.

La chaleur.

La musique.

Nos corps.

 

Lui

 

Je lui fais découvrir Higelin.

Puis Dogs.

Je saute d’un univers à l’autre.

Elle me filme.

Elle me photographie.

Je la prends en photo énormément.

 

Elle

Il me photographie tout le temps.

Parfois ça me gêne.

Je prends aussi beaucoup de photos de lui.

De ses mains.

De son sourire concentré.

De son corps nu dans la lumière.

J’ai créé un album sur mon téléphone.

Je l’ai appelé “L’Anamour”.

Comme Gainsbourg.

Il ne sait pas que ce titre me fait sourire pour d’autres raisons.

 

Lui

 

Depuis quelque temps, je fais du kéfir.

C’est devenu un rituel.

Les bocaux alignés sur le plan de travail.

Les bulles qui montent lentement.

Citron. Gingembre. Fruits rouges.

L’été, c’est parfait.

Frais.

Vivant.

Je lui tends un verre.

Je suis heureux qu’elle goûte.

 

Elle

 

Je bois une gorgée.

C’est bon.

Vraiment bon.

Je souris.

— C’est super bon.

Je fais une pause.

— Mais ça me rappelle la bière…

Je ris légèrement.

— Ça va me donner envie de boire de l’alcool et c’est pas bien.

Je hausse les épaules.

— Enfin, je ne bois pas trop… seulement quand je fais la fête.

Dans ma tête, je me dis :

Je bois beaucoup plus que ça.

Je bois pour oublier.

Je bois pour ne plus sentir.

Je bois parce que je ne sais pas faire autrement.

Mais ça, je ne le dis pas.

Officiellement, je n’ai pas de problème.

 

Lui

 

Je la regarde.

Je souris légèrement.

Je ne dis rien.

Mais je pense :

Tu fais beaucoup la fête.

Beaucoup plus que ce que tu racontes.

Et je me demande, sans oser le formuler,

si ce n’est pas la fête que tu aimes,

ou simplement

l’oubli.

 

Lui

 

On parle de la Bretagne.

Je lui raconte la mer froide.

Le vent qui nettoie la tête.

Les maisons basses accrochées à la pierre.

Je lui parle de mes cousines.

De leurs rires.

Des étés sans fin.

 

— On pourrait y aller, je dis.

 

Elle me regarde.

Alors je continue.

 

— Louer un Airbnb.

— Quelques jours.

— Avec les enfants…

 

Je souris.

 

— Ou juste nous deux.

Je laisse le silence faire son travail.

— L’année prochaine.

 

Elle

 

La Bretagne.

Ma mère vient de là-bas.

C’est un mot qui me rassure sans que je sache pourquoi.

Je l’écoute.

Il parle de futur.

De nous.

Je sens quelque chose monter dans ma poitrine.

Il ajoute :

— Et pour l’appartement…

— Si tu galères trop…

— On pourrait en prendre un ensemble.

— Près du village de ta meilleure amie.

— Près de ma famille.

 

Je le regarde.

Je sens mes yeux piquer.

Je dis doucement :

 

— Ça me touche beaucoup.

Je souris.

— Vraiment.

Je pose ma main sur la sienne.

— Ça m’émeut que tu veuilles vivre avec moi.

 

Et je le pense.

Sur l’instant.

Je le pense vraiment.

Dans ma tête, une autre vérité respire :

Il fait des projets.

C’est beau.

Ça donne envie d’y croire.

Mais je me connais.

Je me connais trop.

J’aurai déjà fait n’importe quoi avant.

Et lui…

Lui, il verra.

Pas comme les autres.

 

Lui

 

Elle a les yeux brillants.

Elle dit que ça l’émeut.

Que ça la touche.

Mon cœur se gonfle.

Alors elle ajoute :

 

— Mais on ne peut pas enchaîner deux relations aussi vite.

 

Je hoche la tête.

Je comprends.

Je crois comprendre.

 

Elle

 

Je dis ça calmement.

Comme quelqu’un de raisonnable.

Comme quelqu’un de sain.

Dans ma tête, je pense :

Même si c’est exactement ce que j’ai toujours fait.

Je le regarde.

Je veux voir jusqu’où il ira.

Jusqu’où il est prêt à aller pour moi.

Je veux qu’il avance encore.

Encore un peu.

Pour être sûre.

Pour pouvoir choisir.

Ou fuir.

 

Lui

 

Le soir, elle remarque que j'ai du vernis à ongles dans ma salle de bain.

Je le mets parfois pour les concerts où je vais.

Rock, ambigu, un peu Bowie.

Elle trouve ça génial.

On se met du vernis mutuellement.

On photographie nos mains.

On rit comme des adolescents.

 

Elle

 

Je lui dis en riant :

— Tu sais que mon meilleur ami trouve que tu fais un peu gay ?

Lui

Je l'ai bien remarqué , j'ai compris à sa façon de me regarder de me parler pendant l'appel en visio... Son "meilleur ami" est jaloux , il fait tout pour me rabaisser et me discréditer. Il me méprise parce qu'il voudrait être à ma place. 

Tout ça est vraiment plus qu'ambigu. 

 

Je ne me démonte pas.

Je n'ai rien à cacher moi.

 

— J’ai déjà eu une expérience avec un homme.

Je le fixe.

 

Elle 

 

— Tu es sûr que tu n’es pas homo ?

 

Il me répond calmement :

 

— Et toi, tu as bien couché avec ta meilleure amie.

 

Je souris.

 

— Oui, mais moi, ce n’est pas pareil.

 

Il me regarde comme si ça n’avait aucun sens.

On s’agace un peu.

Puis on s’embrasse.

La tension fond.

 

Lui

 

On regarde des films.

Je commence par Les Chansons d’amour.

Je connais toutes les paroles par cœur.

On chante.

Puis Presque Célèbre.

Elle me dit qu'elle pense l'avoir déjà vu.

Puis Yesterday.

On chante les Beatles ensemble.

C’est joyeux.

C’est simple.

 

Elle

 

Il est plein d’idées.

Spontané.

Toujours en mouvement.

Je me dis que je l’aime.

Je crois.

Il y a beaucoup de crises entre nous.

Je sais que c’est moi qui les provoque.

Mais tout est tellement parfait.

Tellement fort.

Est-ce que c’est encore du jeu pour moi ?

Je ne sais pas.

Est-ce que je l’aime ?

Je ne sais pas.

Est-ce que je vais encore faire n’importe quoi ?

Je le sais déjà.

Je ne couche plus avec personne d’autre que lui pour l'instant , j'ai vraiment arrêté avec l'ex avec qui j'habite.

Je ne flirte plus par message.

Je suis fidèle....

Pour l’instant....

Je sais que je recommencerai un jour....

C’est presque inscrit en moi....

 

Mais maintenant…

Je veux juste profiter de ces moments parfaits.

Avant que tout ne se fissure... Par ma faute.

 

Comme toujours.

 

Avant de se coucher elle se regarde nue dans le miroir.

 

Elle 

 

Elle est debout devant le miroir.

Elle se tourne de profil.

Elle accentue volontairement le creux de ses reins.

Elle sait exactement quel angle choisir.

 

— Tu sais… on m’a toujours dit que j’avais une cambrure parfaite.

 

Sa voix est calme.

Habituée.

Comme si c’était un fait.

 

— Tout le monde me dit que j’ai un super cul.

 

Elle sourit légèrement.

 

— Que c’est parfait pour la levrette.

 

Elle dit ça sans gêne.

Comme une qualité parmi d’autres.

 

— Que mon corps est fait pour ça , pour le sexe.

 

Je l’écoute.

Et je me fais encore la même réflexion.

Tout tourne décidément autour du sexe.

Toujours.

Autour de l’effet qu’elle fait.

Du désir qu’elle provoque.

 

Elle continue :

 

— Lui… celui avec qui je vis…

 

Elle laisse sa phrase en suspens.

 

— Il est complètement dingue de mes fesses.

 

Elle rit presque.

 

— Il adore me sodomiser.

 

Elle dit ça naturellement.

Comme si elle me parlait de la météo.

Je reste silencieux un instant.

 

Puis je demande :

 

— Bah… pourquoi moi j’ai pas le droit alors ?

 

Elle tourne la tête vers moi.

Son regard brille.

 

— Ça se mérite.

 

Elle s’approche.

 

— Faut m’exciter beaucoup.

 

Je fronce légèrement les sourcils.

 

— Je croyais que tu disais que je t’excitais plus que n’importe qui.

 

Elle sourit.

Ce sourire flou.

Insaisissable.

Et elle ne répond pas.

Comme si la réponse dépendait uniquement

du pouvoir qu’elle voulait garder

à cet instant précis.

Quand les cœurs dansent un tango silencieux

L'atmosphère est électrique, chargée de non-dits et de promesses évanouies. Découvrez comment les protagonistes sont entraînés dans un ballet d'émotions contradictoires, où l'attraction est aussi forte que la peur de la chute. Chaque regard, chaque geste devient une arme ou une caresse, tissant une toile complexe d'intimité et de trahison.

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Ce chapitre est le théâtre de révélations subtiles, où les vérités longtemps dissimulées commencent à affleurer. Une conversation anodine, un geste inattendu... tout concourt à modifier le cours des choses. Soyez témoin des moments qui redéfinissent les liens, et des choix qui mèneront inévitablement vers l'effondrement annoncé.

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Après ce tango nocturne, rien ne sera plus comme avant. Les échos de cette nuit résonneront longtemps, annonçant le début de la fin ou, peut-être, une nouvelle forme de destruction. Serez-vous prêt à en découvrir les conséquences ?