Chapitre XI — La maison du père

Elle

 

On part tôt.

Une heure et demie de route.

C’est lui qui a voulu que je rencontre son père.

C’est lui qui m’en a parlé avec des étoiles dans les yeux.

C’est important pour lui.

Alors c’est important pour moi.

Je suis stressée.

Impatiente.

Inquiète.

Je veux plaire.

Je veux qu’on ne voit pas derrière le masque.

 

Lui

 

Sur la route je chante.

Je fais des blagues sur les noms des villages.

Elle rit.

Elle me tient la main posée sur le levier de vitesse à chaque fois que je n’ai pas besoin de changer de rapport.

Elle fait des photos.

Elle a l’air heureuse.

Je le crois.

 

Elle

 

Il est beau quand il conduit.

Concentré.

Léger.

Je veux que son père m’aime.

Je veux qu’il pense :

Elle est parfaite pour lui.

Je ne veux pas qu’il voie que je joue.

 

Lui

 

On arrive à la ferme.

Il n’y a que le chien.

On descend de la voiture, on s’accroupit en même temps.

On adore tous les deux les animaux.

On rit.

On joue avec lui comme deux enfants.

Elle fait une photo de la vallée.

La montagne est immense.

La vue est sublime.

J'aime cet endroit.

 

Elle

 

C’est magnifique.

Je me dis que je pourrais vivre ici.

Que je pourrais être cette femme-là.

Simple.

Sincère.

Je me dis ça à chaque fois.

 

Lui

 

Mon père arrive.

Il est chaleureux, attentif.

Il me serre fort.

Il lui sourit immédiatement.

Je vois qu’il fait des efforts pour qu’elle se sente bien.

On boit un verre.

On parle de tout.

Puis on descend à la maison chez ma belle-mère.

Ma sœur est là avec ses enfants.

Ce n’était pas prévu.

 

Elle

 

La pression monte d’un coup.

Trop de regards.

Trop de questions.

La belle-mère me demande comment on s’est rencontrés.Sa sœur demande ce que je fais exactement.On me demande de parler de mes enfants.

Je réponds.

Puis je réponds encore.

Puis je raconte la même histoire…

différemment.

Je sens que je m’embrouille.

Je bois.

Encore.

 

Lui

 

Je remarque qu’elle parle beaucoup.

Qu’elle se répète un peu.

Mais je mets ça sur le stress.

Je la trouve courageuse.

 

Elle

 

Je vois leurs regards.

Ils sont gentils.

Mais ils observent.

Avec l’entourage de mes compagnons, ça ne marche jamais vraiment.

Ils voient clair.

Toujours.

Je joue trop.

Ou pas assez.

Je ne sais jamais.

 

Lui

 

À un moment je raconte, en riant, qu’il m’est arrivé une fois — une seule fois — de danser nu devant des amis quand j’avais trop bu.

Tout le monde rigole.

Sauf elle.

 

Elle

 

— Non mais je refuse qu’on te voie nu.

Il n’y a que moi qui ai le droit.

Le silence tombe.

Tout le monde se regarde.

Je vois dans leurs yeux que j’en ai fait trop.

Encore.

 

Lui

 

On part dans l’après-midi.

On va chercher un plateau de fromage.

Elle me dit que c’était très bien.

Qu’elle est heureuse d’avoir rencontré mon père.

Que ça s’est bien passé.

Je la crois.

Je n’ai rien remarqué.

 

Elle

 

C’est faux.

J’ai trop bu.

J’ai trop joué.

Je sais qu’ils ont vu quelque chose.

Je sais qu’ils voient.

Ils voient toujours.

 

Lui

 

Quelques jours plus tard, mon père m’appelle.

Il parle calmement.

— Elle est très belle. Très charmante. Elle a l'air gentille. Ce n'est que la deuxième que tu nous présentes c'est qu'elle doit être importante.

Mais fais attention. Son visage d'ange peut être trompeur.

Il hésite.

 

— Elle a l’air… fausse.

Elle a du mal avec la vérité.

Et elle boit beaucoup.

Méfie-toi. Tu t’es déjà fait avoir.

 

Ta mère était comme ça.

 

Puis il ajoute :

— Mais si tu l’aimes et que tu as confiance, je l’accepte.

Je reste silencieux.

Ce qu'il dit m'énerve.

Je me dis qu’il se trompe.

Je me dis que cette fois, c’est différent.

Les murs ont une mémoire

Chaque pierre de cette demeure porte le poids d'une histoire. [[Nom du personnage principal]] y retrouve les échos d'une enfance marquée, confrontant les souvenirs idéalisés aux dures réalités qu'il/elle a fuies. Est-ce un refuge ou une prison que cette maison paternelle ?

L'héritage des silences

Ce chapitre explore les non-dits et les vérités tues qui se transmettent de génération en génération. La figure du père, souvent idéalisée ou redoutée, pèse lourdement sur les décisions présentes, révélant comment les manipulations passées continuent de tisser leur toile dans le présent.

Le poids des fondations

La visite de la maison du père n'est jamais anodine. Elle force à une introspection douloureuse, confrontant [[Nom du personnage principal]] à ses propres failles et aux fondations instables sur lesquelles sa vie a été bâtie. Un effondrement est-il inévitable lorsque les racines sont pourries ?

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