Chapitre XXIV - Nouvelles fissures  

 

Lui

 

Le lendemain, on retourne au village chez sa meilleure amie pour l’anniversaire de son compagnon.

Je suis tendu.

Il y aura des gens que je ne connais pas.

Je conduis sa voiture.

Plus confortable, plus puissante que la mienne.

Sur les routes de montagne, je m’amuse un peu, comme pour faire taire l’angoisse.

Elle est à côté de moi.

Les enfants derrière.

Je la regarde parfois du coin de l’œil.

Elle semble à sa place.

Pendant un instant, j’ai l’impression d’être exactement là où je devrais être.

 

Elle

J’aime quand il conduit.

Il a l’air sûr de lui.

Stable.

Presque paternel.

Les enfants rient à l’arrière.

Je me dis que ça pourrait être simple.

Puis je me rappelle que rien n’est jamais simple avec moi.

 

Lui

 

On arrive.

On aide à préparer.

Les enfants jouent dehors et reviennent couverts de boue, hilares.

Les amis du compagnon arrivent.

Parmi eux, un type costaud, cheveux longs, très sûr de lui.

Elle le dévisage.

Longuement.

Je le vois.

Je ne dis rien.

 

Elle

 

Je le regarde exprès.

Je sais qu’il le voit.

Je teste.

Je ne sais même plus pourquoi.

 

Lui

 

On boit.

Je suis le mouvement.

Sa meilleure amie dit aux enfants que je suis leur tonton.

Ça me touche.

Son fils vient s’asseoir sur mes genoux.

Naturellement.

Il me dit, presque à voix basse :

— Maman, elle a eu beaucoup de beaux-père pour moi... mais moi je voudrais que toi tu restes pour toujours.

Je ne sais plus quoi dire.

Je crois que ça me touche profondément. 

 

Les débats commencent.

Politique, société.

Un type dérape sur les homosexuels.

Je m’énerve.

Plus tard, un autre imite un accent africain lorsqu'un postier africain ramène du courrier dans la maison qui est à côté.

Je suis glacé.

Je me sens étranger ici.

 

Elle

 

La journée passe.

Il fait bonne figure.

Moi, je bois.

Je bois trop.

 

Lui

 

Le soir, je sors fumer avec les hommes.

Ça parle de sexe, d’ex, de performances.

Un type me provoque.

Me dit que je suis un homo refoulé .

Je joue le jeu, j’exagère, je fais la folle , je fais rire.

Je raconte une anecdote.

Sur un massage de la prostate qu'on m'a fait un jour.

Quand je relève la tête, elle est là.

Froide.

Elle part fumer un joint avec le type vulgaire.

Je sens que ça va exploser.

 

Elle

 

Il parle trop.

Il expose notre intimité.

Alors je me venge.

 

Lui

 

Dans l’appartement de sa meilleure amie, la dispute éclate.

Je lui dis que j’ai vu son numéro avec le grand costaud.

Ses regards.

Son sourire.

 

Elle se redresse.

 

— Je suis une femme libre.

Je la regarde.

— Libre de quoi ?

 

Elle continue, provocante :

 

— S’il veut coucher avec moi, je coucherai avec lui. Si j’en ai envie. Je fais ce que je veux.

Je reste figé.

— Quoi ? Tu coucherais avec lui ?

— Oui. Si j’ai envie.

Elle ajoute, presque cruelle :

— Vu ce que tu as raconté tout à l’heure, il doit penser que je fais des trucs bizarres aux mecs. Il nevoudra jamais.

 

Je sens quelque chose se casser.

Je tente de rester calme.

— Tu parles librement de ton passé. Tu es entourée d’anciens amants. Et moi je n’aurais pas le droit de raconter une anecdote ?

Elle hausse les épaules.

— Tu dramatises.

Je craque.

Je lui dis que j’ai été profondément mal à l’aise avec ses amis.

Que leurs propos m’ont heurté.

Que boire autant juste en face du cimetière où reposent ma grand-mère et mon parrain m’a fait mal.

Que j’ai eu l’impression qu’ils me voyaient.

Qu’ils me jugeaient.

Que je me suis senti indigne.

Je lui raconte mon adolescence.

Mes blessures.

Pourquoi je suis comme ça.

Pourquoi j’ai peur de la perdre.

Je lui dis que je l’aime.

Elle reste froide.

Presque absente.

On ouvre une bouteille de rhum arrangé.

Je déteste ça.

Mais je bois.

Elle boit.

On boit trop.

On s’enfonce.

Je pleure.

Elle me regarde.

Je ne sais pas si elle est touchée ou satisfaite.

On finit ivres morts.

On se couche fâchés.

 

Elle

 

Il pleure.

Il se met à nu.

Il me dit qu’il m’aime.

Je devrais fondre.

Je ne sais plus quoi ressentir.

Je bois.

Je bois pour ne plus penser.

 

Lui

 

Au réveil, on a la gueule de bois.

Elle me cherche.

Comme pour effacer la veille.

Je comprends que le sexe, pour elle, est un pansement.

Je me laisse faire.

Elle gémit très fort "baise-moi p***** baise-moi !!!"

 

Les enfants dorment encore.

Je lui demande d’être plus discrète.

Elle balaie.

Tout devient confus.

On rentre.

Je suis malade.

Elle conduit.

Silence.

 

À la maison, on dit aux enfants qu’on va se reposer.

Ils jouent dans le salon.

 

Elle recommence à me provoquer.

"S'il te plaît baise-moi !"

Je lui demande d’arrêter.

Les enfants sont juste à côté bien réveillés.

Elle me dit de me taire.

Je me sens mal.

Très mal.

Je fais quand même ce qu'elle me demande... À nouveau sans aucune protection. 

 

Le soir, elle repart avec les enfants.

Quelques heures plus tard, elle m’envoie des photos du week-end.

Sourires.

Cœurs.

Messages tendres.

Comme si rien ne s’était fissuré.

Comme si je n’avais pas pleuré.

Comme si je ne lui avais pas dit que je l’aimais.

Elle passe d’un extrême à l’autre.

Et moi, je reste au milieu.

À essayer de comprendre.

Et à me demander si je ne suis pas déjà en train de me perdre.

Quand l'équilibre se brise

Ce chapitre marque un tournant décisif. Les non-dits pèsent, les regards s'esquivent, et de nouvelles brèches apparaissent, menaçant de faire s'écrouler tout ce qui semblait encore stable. Ressentez la tension monter à chaque page, alors que les personnages sont confrontés à des réalités qu'ils ont longtemps tenté d'ignorer. L'émotion est palpable, la surprise attend au détour de chaque phrase.

Les vérités qui fracturent

De nouvelles fissures se manifestent, non seulement dans les relations, mais aussi dans les perceptions mêmes des personnages. Ce qui était cru solide se révèle friable. Ce chapitre est crucial pour l'histoire générale de l'effondrement, car il met en lumière des éléments inattendus qui précipitent la chute. La manipulation, le mensonge et la tromperie continuent de tisser leur toile, mais leurs effets sont désormais clairement visibles.

Le point de non-retour se dessine

La chose la plus importante à retenir de ce chapitre est que certaines brèches sont irréparables. Les événements qui se déroulent ici scellent le destin des protagonistes, les poussant vers des conséquences inéluctables. Ce chapitre intensifie le sentiment d'inéluctabilité, renforçant la tristesse et la colère face à un amour corrompu. C'est la phase où l'effondrement annoncé devient une réalité concrète et visible.

Créez votre propre site internet avec Webador