Chapitre VIII - Accusé de réception
Le mercredi soir, il reçoit la notification.
Colis livré.
C’est sec. Administratif.
Une ligne froide pour un geste qui lui a coûté des semaines de vie.
Il reste longtemps à fixer l’écran.
Maintenant c’est chez elle.
Maintenant ça ne lui appartient plus.
Il en parle à son amie.
Elle a récemment déménagé près de chez lui.
Il l’a aidée pour les cartons quelques semaines plus tôt.
Depuis, ils dînent parfois ensemble. Rien d’ambigu. Jamais rien eu depuis les 15 ans qu'il se connaissent . Juste une présence. Stable.
C’est elle, d’ailleurs, en bonne étudiante en psychologie qui la première lui avait dit :
— Ce qu’elle fait avec ses ex, ce n’est pas normal.
Il n’avait pas voulu entendre.
Elle le regarde, posément.
— Tu es sûr pour le cadeau ? Tu es sûr de vouloir mettre autant d’argent, autant d’énergie… autant de toi là-dedans ?
Il hausse les épaules.
Il ne sait plus faire autrement.
Elle , elle avait été jalouse de cette amie, elle.
Elle avait insinué qu’il couchait avec elle.
Qu’il était peut-être le père de son enfant.
Il lui avait répondu calmement :
— Si j’avais un enfant, je l’assumerais. Et je ne suis pas comme toi. Je peux avoir une amie sans que ça dérape.
Il y pense encore.
À la projection.
À la suspicion permanente.
Suspicion qu'il n'avait pas le droit d'avoir de son côté.
Son cousin, lui, a dit :
— Si elle ne comprend pas que c’est la déclaration d’amour de sa vie, c’est qu’elle ne te mérite pas.
Son beau-frère a ajouté :
— Envoie. C’est magnifique. Mais s’il n’y a pas de retour, oublie-la.
Sa cousine également :
- j'espère qu'elle réalise la chance qu'elle a... Aucun mec ne fait ça... Et n'importe quelle fille tomber amoureuse pour toujours madame comme toi qui fait ce genre de choses.
Il n’a rien oublié.
Il attend.
Le soir, un message.
Elle
« Je viens de voir ton colis en rentrant du travail.
Est-ce qu’on peut s’appeler pour en parler ? »
Il répond oui.
Quand elle décroche, il entend sa respiration avant ses mots.
Elle parle doucement.
— Tu as fait fort. Très fort.
On ne m’a jamais fait ça.
Tu m’as vraiment comprise.
C’est fou… le moindre petit truc m’a touchée en plein cœur.
Elle marque une pause.
— Merci.
Mais je ne peux pas revenir. On se fait trop de mal.
Dans sa tête à elle :
Non.
C’est moi qui ai fait mal.
Comme d’habitude.
Et regarde ce qu’il fait encore pour moi.
C’est ça, l’amour en fait.
Je pourrais tout lui dire.
Il me pardonnerait.
Ça pourrait être beau.
Mais il faudrait que je change.
Et je ne suis pas capable.
Et un jour je l’aimerais, un jour je ne l’aimerais plus.
Comme toujours.
Lui parle calmement.
— Ce n’est pas pour te récupérer.
C’était une déclaration. C’est tout.
Ils parlent de leurs semaines.
Elle raconte son travail.
Il plaisante.
Ils rient même.
Trois heures.
Trois heures à faire semblant que c’est simple.
Puis les reproches glissent dans la conversation.
Encore.
Elle ne prend rien pour elle.
Lui prend tout pour lui.
— Tu sais, tu es un homme fort, dit-elle ,
Je ne regretterai jamais ce qu'il s'est passé entre nous et je garderai tes cadeaux et tes lettres toute ma vie.
Il rit, presque amer.
— Tu m’as dit que j’étais tout l’inverse de ce qu’il te fallait. Et tu m'as jeté comme une merde.
Après m’avoir répété pendant des mois que j’étais exactement ce que tu voulais depuis toujours.
Explique-moi.
Silence.
Ils savent qu’il faut raccrocher.
Il est tard.
Il dit :
— Je veux juste te dire une dernière chose. Après je raccroche.
Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée. Malgré tout.
Je ne me suis jamais senti aussi heureux qu’avec toi.
Elle répond :
— Je ne sais pas ce que tu as vécu avant…
— Tu le sais très bien.
Silence encore.
— Tout pourrait être bien, dit-il. Si tu le voulais.
Mais il faut que tu travailles sur toi aussi. Pas seulement moi.
Il respire.
— Je t’aime. Infiniment de fois le tour de l'infini. Ma déesse, mon Aphrodite, mon sexe symbole la lune de mes jours le soleil de mes nuits.
Et je crois que je t’aimerai toujours.
Salut.
Il raccroche.
Elle reste immobile, le téléphone dans la main.
Bouleversée.
Lui pleure dans le noir.

Quand la réalité frappe à la porte
L'attente est terminée. Ce chapitre marque le point où une communication, attendue ou redoutée, est enfin "reçue". Que ce soit une lettre, un message implicite, ou une prise de conscience brutale, son impact est immédiat et irréversible, secouant les fondations de ce qui semblait stable.

Le vertige de la compréhension
L'accusé de réception n'est pas seulement un fait, c'est une réaction. Ici, les personnages font face à la portée de ce qu'ils viennent de comprendre. Les masques tombent, les illusions se dissipent, laissant place à une clarté souvent douloureuse, mais essentielle pour la suite de l'effondrement.

L'ouverture vers l'inconnu
Avec l'acceptation de cette nouvelle vérité vient la nécessité d'agir ou, du moins, de reconsidérer l'avenir. Ce chapitre explore les premières fissures dans le barrage du déni, préparant le terrain pour les confrontations et les révélations à venir. Un pas de plus vers l'effondrement annoncé.
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