Chapitre VI - L'été inventé : un paradis sur sable mouvant
Lui
On retourne au village.
Il y a un concert de jazz bossa nova au château.
Depuis des semaines, on écoute ça en boucle.
La bossa nova est devenue la bande-son de notre été.
Água de Março.
J’ai acheté les disques.
Exprès.
Pour qu’ils existent physiquement.
Pour qu’un jour, si tout s’effondre, il reste au moins ça.
J’essaie de lui en jouer.
Je n’y arrive pas très bien.
Alors je joue autre chose.
Alain Souchon.
David Bowie.
Dire Straits.
Pink Floyd.
Elle me regarde.
Pas comme on regarde un musicien.
Comme on regarde un homme qu’on désire.
Elle me filme.
Elle me prend en photo.
Elle murmure :
— Mon beau…tu as tellement de talent... Tu es si charismatique... Tu devrais vraiment faire des concerts.
Je continue à jouer.
Elle
Il est magnifique quand il joue.
Il a le même regard que quand il me fait l’amour.
La même intensité.
La même concentration.
Le même abandon.
Il est passionné dans tout.
Quand il joue, c’est comme s’il me pénétrait déjà du regard , comme s'il me faisait jouir avec les notes.
J'ai toujours eu un truc particulier avec les musiciens. Je l'aurais toujours demandé de me faire des chansons... Comme des trophées.
Je le dévore des yeux.
Je le filme.
Je le prends en photo.
Je lui dis en riant :
— Là… c’est l’heure de faire l’amour.
Il sourit.
Il ne sait pas si je plaisante.
Moi non plus.
Il me prend aussi en photo.
Tout le temps.
C’est la première fois qu’un homme fait ça.
Il adore me photographier.
Moi, ça me gêne parfois.
Je n’ai pas toujours une bonne tête.
Je me trouve imparfaite.
Mais lui me trouve toujours belle.
Toujours.
Ça me rend vivante.
Lui
Elle propose d’emmener les enfants au château.
Sans leur dire vraiment ce qu’on est.
On se donne rendez-vous sur la route.
Une seule voiture.
Comme une famille.
Sans le dire.
On monte dans sa voiture.
On rit immédiatement.
On joue.
On se cache dans les couloirs du château pour lui faire peur.
Ils rient aux éclats.
Elle aussi.
Elle est belle quand elle rit.
Je me surprends à imaginer que ça pourrait être ma vie.
Elle
C’est un moment parfait.
Il est doux avec eux.
Drôle.
Présent.
Ma fille l’adore déjà.
Elle invente des histoires de sorcières et de dragons dans les pierres du château.
Il joue le jeu.
Il l’écoute comme si c’était important.
Mon fils l’observe en silence.
Mais semble admiratif et complètement sous charme.
Je me dis :
Peut-être que cette fois c’est vrai.
Peut-être que je peux aimer autrement.
Lui
On passe par le cimetière.
Je veux lui montrer la tombe de ma grand-mère.
Et celle de mon parrain.
Elle semble un peu inquiète.
Les enfants ne sont jamais allés dans un cimetière.
Je lui dis que ce n’est pas grave.
Que ça fait partie de la vie.
Elle
Je les protège trop.
Je les élève dans un monde de contes.
Disney.
Tout le monde il est beau tout le monde il est gentil.
Les belles histoires.
Ils dessinent énormément.
Ils sont très dépendants de moi.
Un peu déconnectés de la réalité.
Un peu comme moi.
On passe vite chez ma meilleure amie.
Puis on repart.
Lui
Le soir, je lui demande :
— Ils ont pensé quoi de moi ?
Elle me fait écouter un message vocal où ses enfants parlent.
— On t’a trouvé très gentil… très drôle… et très beau… et tu es bien habillé.
Je souris comme un idiot.
Quand on s’est quittés, ils m’ont fait un immense câlin.
Des bisous.
Elle m'a dit :
— c'est fou et ne sont jamais comme ça au début avec les inconnus !
— Tu as fait forte impression !
Je me sens choisi.
Le lendemain, je reçois un vocal.
Sa fille.
— Est-ce que tu es amoureux de maman ?
Je ris.
Je réponds :
— Demande à maman si elle est amoureuse de moi.
Elle
Je réponds.
— Oui.
Je ris.
Ma voix est surexcitée.
Comme une petite fille prise en flagrant délit d’une bêtise délicieuse.
Dans ma tête :
C’est bon.
Il est accroché.
Il va s’attacher aux enfants.
Je leur avais déjà dit que je quittais mon ex-compagnon.
Que peut-être on vivrait ensemble.
Ou peut-être moi seule.
Mais qu’il serait là souvent.
Ils savaient.
Lui non.
On n’attache pas seulement un homme avec des belles paroles et du sexe à profusion.
On l’attache avec un été.
Avec des chansons.
Avec des enfants qui rient.
Avec des photos.
Avec un regard brûlant quand il joue de la guitare.
Et au fond de moi, une question revient.
Est-ce que je l’aime vraiment ?
Ou est-ce que j’aime la façon dont il me regarde ?
Est-ce que je peux enfin enlever le masque ?
Ou est-ce que je suis encore en train de construire une nouvelle scène comme je le fais toujours ?

Quand les apparences cachent l'abîme
Alors que les jours s'allongent et que la chaleur enveloppe les cœurs, une atmosphère de fausse sérénité s'installe. Les non-dits s'accumulent sous le vernis d'un amour passionné, et chaque moment partagé semble à la fois idyllique et précaire. Ce chapitre explore la complexité des sentiments où l'on se ment à soi-même pour maintenir l'illusion.

Les promesses éphémères du mensonge
L'été inventé est le reflet d'une relation où la manipulation est devenue une seconde nature. Les mots doux dissimulent des intentions cachées, et les gestes tendres sont souvent un moyen de renforcer une emprise. Le lecteur ressentira la tension grandissante et le malaise sous-jacent, même au plus fort de la romance.

Le chemin vers l'inévitable fissure
Ce chapitre est un jalon crucial dans l'histoire de l'effondrement. L'été, loin d'être une pause, agit comme un accélérateur, révélant les failles profondes de la relation. Les bases, construites sur le sable mouvant de la tromperie, commencent à trembler, préparant le terrain pour les révélations et les chocs à venir. Les lecteurs seront laissés avec un sentiment d'appréhension et d'anticipation pour la suite.
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