PARTIE III — APRÈS LA CHUTE Chapitre I — L’Homme Idéal
Lui
Le jour où elle est partie, je n’ai envoyé qu’un seul message.
Les paroles de Message Personnel.
Je ne les ai pas commentées.
Je les ai laissées parler à ma place.
C’était ma façon de dire :
si un jour tu m’aimes vraiment…
viens.
Puis plus rien.
Le lendemain, elle a posté une photo.
La moitié de son visage.
En larmes.
Je l’ai prise pour moi.
Évidemment que je l’ai prise pour moi.
Elle
Je me suis regardée pleurer dans l’écran.
Je me suis dit :
tu es un poison pour les hommes.
Je l’ai pensé.
Pour la première fois sans détour.
Je me suis dit que j’avais peut-être besoin d’un psy.
Que j’étais allée trop loin.
Que cette fois, ce n’était pas un simple effondrement sentimental.
C’était un gouffre.
Je me suis dit aussi que si je changeais…
je perdrais des gens.
Je perdrais mes issues de secours.
Je perdrais mes masques.
Je perdrais le système.
Être stable, ça veut dire renoncer aux sorties de secours.
Être saine, ça veut dire vivre dans un monde stable.
Et je n’ai jamais vécu dans un monde stable.
Je ne sais pas faire ça.
Et surtout —
je ne sais pas être seule.
Je ne sais exister qu’à travers le regard et le désir des autres.
Sans ça, je disparais.
Lui
Je lui ai écrit une lettre.
Pas un message.
Une vraie lettre.
Papier. Stylo.
J’ai relu dix fois.
Je me suis excusé.
Je lui ai dit que j’avais merdé.
Que j’avais été trop intense.
Trop fragile.
Trop amoureux.
Au fond de moi, je savais que ce n’était pas moi le problème.
Elle m’avait raconté son passé.
Ses schémas.
Ses ex.
Ses fuites.
Ses doubles vies.
Je savais.
Mais je culpabilisais quand même.
Parce que je l’aime.
Et que quand on aime, on cherche toujours en soi ce qu’on a cassé.
Avant de fermer l’enveloppe, j’ai vaporisé le parfum.
Celui du premier week-end.
L’Homme Idéal.
Je l’avais acheté quand elle était là.
Comme un symbole.
Comme ce que je voulais être pour elle.
Fort. Stable. Aimant. Fidèle.
Elle
Quand j’ai reçu la lettre, j’ai reconnu l’odeur avant de lire.
Ça m’a coupé les jambes.
Je l’ai appelée immédiatement.
Je lui ai dit que je l’aimais plus que tout.
Que ça devrait être interdit d’aimer quelqu’un aussi fort.
Et je le pensais.
À cet instant précis, je le pensais vraiment.
Il m’a demandé :
— Est-ce que tu m’aimes vraiment ?
J’ai dit oui.
Il m’a dit pardon.
Pardon de ne pas avoir été à la hauteur.
Je lui ai répondu :
— Le problème, c’est que tu étais plus à la hauteur que n’importe qui.
Et dans le fond…
je le pensais aussi.
Lui
Elle m’a dit qu’elle avait besoin d’un homme fort.
Que sa vie était compliquée.
Fort comment ?
Physiquement ?
Sexuellement ?
Financièrement ?
Mentalement ?
Je lui ai dit :
— Si tu savais ce que j’ai traversé… je suis certainement l’homme le plus fort que tu aies rencontré. Le plus fidèle. Le plus aimant.
Elle ne savait pas quoi répondre.
Alors j’ai craqué.
Je lui ai dit qu’elle avait un problème.
Que ses histoires, ses ex, ses manigances, ses cercles malsains…
que tout ça n’était pas normal.
Qu’on ne peut pas aimer comme elle aime et détruire comme elle détruit.
Je lui ai dit :
— Si tu m’aimes autant que tu le dis, il faut que tu changes.
Elle
Je sais que j’ai un problème.
Mais je ne supporte pas qu’on me le dise.
Alors j’ai attaqué.
— Tu te rends compte qu’à cause de toi, mon fils a entendu pour la première fois le mot suicide ?
Je savais que c’était injuste.
Je savais que je déviais.
Mais je ne pouvais pas perdre la face.
Elle
Puis je lui ai dit qu’on était connectés.
Que je sais quand il pense à moi.
Que je le sens.
Est-ce que je le crois vraiment ?
Ou est-ce que c’est encore une manigance ?
Je me suis dit :
ça y est.
Je recommence.
Je lui ai parlé de Dream a Little Dream of Me.
Je lui ai dit que quand il penserait à moi, il l’écouterait.
Et que je saurais.
Je pleurais.
— Je pense que tu es mon âme sœur.
Sa voix est douce. Presque absente.
— Mais pas dans la bonne vie.
- Ou alors pas au bon moment.
Elle hésite.
— Et puis tu verras… tu vas rencontrer quelqu’un d’autre.
— Tu vas m’oublier.
— Je vais t’oublier.
Comme une fatalité.
Comme si c’était déjà écrit.
Lui
Je reste figé.
Quelque chose cogne dans ma poitrine.
— Ah bon…
Ma voix tremble.
— Tu as envie de rencontrer quelqu’un d’autre ?
Silence.
Je continue.
— Je suis ton âme sœur, non ?
— Tu m’aimais tellement fort que ça devrait être interdit…
Je sens ma gorge se serrer.
— Et tu parles déjà de rencontrer quelqu’un d’autre
?
Je respire mal.
— On n’oublie pas les gens qu’on aime comme ça.
— Pas quand c’est aussi fort.
— Pas quand c’est censé être l’amour de ta vie.
Elle
— Et alors ?
Elle le dit presque sèchement.
Presque agacée.
Dans sa tête :
Pourquoi il complique tout.
Pourquoi il prend tout au sérieux.
Lui
Son “et alors” me coupe en deux.
Comme si ce n’était rien.
Comme si moi… je n’étais rien.
Elle
Il ne faut pas que je ne montre faible du coup je l'attaque à nouveau.
— Tu te rends compte maintenant ?
Ma voix vacille
— À cause de toi, j’ai quitté l’autre.
J'inspire.
— Je vais devoir trouver un travail.
Parce que lui ne me financera plus.
Je vais devoir payer mes factures.
Mon loyer.
Gérer les enfants.
Toute seule.
— J’avais la place idéale.
Et à cause de toi…
— J’ai tout perdu.
— Je vais me retrouver dans un magasin.
Avec des pétasses comme clientes.
— Tout ça, c’est ta faute.
Lui
Je sens quelque chose se fissurer.
Parce que je me souviens.
Oui.
Je l’ai embrassée le premier.
Mais après…
C’est elle qui est restée.
Qui a continué.
Qui m’a écrit.
Qui m’a chauffé.
Qui est venue chez moi.
Qui a couché avec moi.
Elle aurait pu s’arrêter.
Avant.
Bien avant.
Avant de me faire croire qu’elle était folle de moi.
Avant de me regarder comme si j’étais unique.
Avant de me dire que c’était un coup de foudre.
Avant de tout faire pour me rendre jaloux.
Avant de me manipuler.
Avant de me briser, moi aussi.
Je la regarde.
Et pour la première fois, je le pense clairement :
Elle est la seule responsable de ce qui lui arrive.
Peut-être qu’elle n’est pas la victime qu’elle prétend être.
Je dis, calmement :
— Tu aurais pu t’arrêter.
À n’importe quel moment.
— Tu aurais pu me laisser tranquille.
Avant que tout ça arrive.
Avant de me faire croire à tout ça.
Silence.
Puis elle lâche, sèche :
— Ouais, ouais.
Bien sûr.
Elle ricane.
— Vous les mecs, vous vous prenez toujours pour des victimes.
Et je comprends
que quoi que je dise,
quoi que je fasse,
dans son histoire,
je serai toujours
le coupable.
Lui
Quand elle a raccroché, j’ai explosé.
De colère.
De fatigue.
De lucidité.
J’ai écrit à sa meilleure amie.
Je lui ai dit que je savais qu’elle me trouvait toxique.
Que je savais qu’elle disait que notre relation était malsaine.
Je lui ai dit :
de quoi tu te mêles ?
Tu crois que je ne sais pas ce que vous avez fait toutes les deux ?
Les hommes partagés.
Les doubles vies.
Les combines.
Tu as juste peur de la perdre si elle va bien.
Il était trois heures du matin.
Elle dormait déjà.
Sa meilleure amie lui a montré le message.
Elle a essayé de m’appeler.
Je n’ai pas répondu.
Elle
J’ai bloqué son numéro.
Je l’ai bloqué sur tous les réseaux.
Parce que sinon je reviendrais.
Parce que sinon je céderais.
Parce que sinon je devrais choisir.
Et je ne sais pas choisir.
Je ne sais que fuir.
Lui
Je me suis réveillé bloqué de partout.
Silence total.
Alors j’ai commencé une autre lettre.
Parce que je ne sais faire que ça.
Aimer.
Et écrire quand je perds.
Et quelque part, malgré tout…
je crois encore que je peux être
L’Homme Idéal.

Les mirages de la perfection
Après l'onde de choc, une nouvelle figure émerge : celle de l'homme idéal. Mais cette vision est-elle un véritable espoir ou le miroir trompeur d'un passé douloureux ? Plongez dans les pensées intimes de notre protagoniste face à cette nouvelle apparition et les questions qu'elle soulève.

Reconstruire l'espoir, ou une nouvelle illusion ?
La chute a laissé des cicatrices profondes. Tandis que l'envie de reconstruire se fait sentir, l'image de "l'homme idéal" apparaît comme une promesse. Est-ce un chemin vers la guérison ou une porte ouverte à de nouvelles manipulations et désillusions, dans la lignée de ce "Chronique d'un effondrement annoncé" ?

Le prix des attentes
Chaque attente a un prix, surtout quand elle est façonnée par l'idéalisation. Ce chapitre explore les dangers de projeter ses désirs sur quelqu'un, et comment cela peut mener à de nouvelles vérités cachées, de nouvelles tromperies. Découvrez les prémices d'une nouvelle ère dans cette histoire complexe.
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