Chapitre IX — Les fissures invisibles 

Lui

 

Mon cousin arrive en début d’après-midi.

On va tous les trois en ville.

Disquaires. Bouquinistes. Terrasses.

On rit.

On boit un peu trop.

Je suis heureux.

J’aime voir mon cousin .

J’aime qu’elle soit là quand je le vois.

J’aime ce mélange.

Chez le bouquiniste, je prends un livre sur Jimi Hendrix.

Elle choisit un recueil de citations de Gainsbourg et l’intégrale des paroles de Brassens.

Elle envoie une photo à son père.

Je trouve ça beau.

 

Elle

 

Je bois parce que je suis stressée.

Mais je me sens bien.

Je pourrais presque appartenir à ce monde-là.

À cette famille .

Chez le bouquiniste, je fais des choix intelligents.

Je montre que je comprends.

Je fais ce qu’il faut.

 

Lui

 

On prend un kebab vegan à emporter.

En entrant, la fille au comptoir me lance :

 

— Hé salut toi !

 

Je la reconnais.

Une histoire d’une nuit.

Rien.

Je sens le regard d’elle devenir dur.

Elle

Je le regarde.

Froidement.

Il part aux toilettes.

Quand il revient :

 

— C’est qui ?

— J’ai couché une fois avec elle.

Une fois.

Je sens la colère monter.

— On va passer notre temps à croiser des ex à toi ? De quoi j’ai l’air, moi ? Tu fais exprès de provoquer ma jalousie ?

 

Lui

Mon cousin est mal à l’aise.

Il me prend à part :

— Tu n’as rien fait. Tu as été honnête. Tu as l’air presque gêné.

Je hausse les épaules.

Je sais que ce n’est pas fini.

 

Elle

 

On va manger au bord de l’eau.

On donne du pain aux cygnes.

On prend un gin tonic.

Je raconte mon mariage.

Mon ex-mari.

Les enfants.

Je ne parle pas des tromperies.

Je raconte la version acceptable.

 

Lui

Quand mon cousin s’en va, je crois que la journée va s’apaiser.

Mais dès qu’on franchit la porte de l’appartement…

 

Elle

— Tu te rends compte de l’effet que ça m’a fait ? Tomber sur une ex à toi devant ton cousin ? J’ai l’air de quoi ? Dès qu’on sort, on va croiser quelqu’un avec qui tu as couché !

Lui

Je réponds plus fermement :

— Et toi alors ? Tu es entourée d’hommes avec qui tu as couché. Ta meilleure amie. Tes ex. Celui avec qui tu vivais encore il y a peu. Tu passes ton temps à me comparer. Tu crois que ça me fait quoi ?

Je la regarde droit dans les yeux.

— Je n’ai jamais trompé personne. Je ne mens pas.

Elle

— Franchement, tu es un queutard.

Il me fixe.

— Et toi ? C’est toi qui m’as raconté que tu avais couché avec toute ta bande. Qu’ils parlaient tous de tes performances.

Je réponds :

— Moi, ce n’est pas pareil.

Je ne sais même pas pourquoi je dis ça.

Je veux qu’il doute.

Je veux qu’il se sente fautif.

 

Lui

Je parle doucement.

— Les femmes, c’est la seule chose que j’ai eue. J’avais pas d’amis. On me rejetait. Un jour j’ai compris que je plaisais. Alors j’en ai profité… en espérant toujours que ça devienne sérieux. Je rêve d’amour éternel. Le sexe pour le sexe, c’est vide. Et je n’ai jamais été très bon. C’est peut-être pour ça qu’elles ne sont jamais revenues.

Je sens ma voix trembler.

Je vais dans la salle de bain.

Je pleure.

 

Elle

Je l’entends pleurer.

Une part de moi est touchée.

Une autre… est étrangement rassurée.

Comme si j’avais gagné.

Comme s’il allait désormais faire attention.

Comme s’il culpabiliserait.

Comme si je pouvais continuer à faire ce que j’ai toujours fait.

Lui

Quand je sors, elle veut boire.

On ouvre les bières.

On boit trop.

On rit nerveusement.

Puis elle enlève son tee-shirt.

Je retire le mien.

On échange.

Elle met mon pantalon 

Je mets sa robe.

On se regarde dans le miroir.

On rit.

On s’embrasse.

On fait l’amour.

Elle danse en portant mon chat dans ses bras. 

Je fais une belle photo du moment.

L’alcool efface la dispute.

En surface.

 

Elle

Je me blottis contre lui.

Tout semble redevenu normal.

Je crois que j’ai repris le contrôle.

 

Lui

 

Elle dort.

Je la regarde.

Je sens quelque chose.

Une fissure.

Petite.

Mais nette.

Je ne sais pas si elle vient d’elle ou de moi.

Je ne sais pas si je viens de perdre quelque chose ou si je viens de comprendre.

Mais je sais que ce n’est plus exactement comme avant.

Et cette pensée me fait plus peur que la jalousie.

Sous le vernis, la vérité éclate

Dans ce chapitre, les masques tombent et les failles de la relation deviennent palpables, bien que souvent ignorées par les protagonistes eux-mêmes. Explorez les moments clés où l'illusion se dissipe, laissant apparaître la réalité amère des mensonges et des désillusions. C'est le point de départ d'une prise de conscience progressive, annonçant la spirale descendante de l'effondrement.

Le poids des non-dits et des silences

Les non-dits s'accumulent, créant des gouffres silencieux entre les amants. Chaque secret, chaque vérité tue, chaque promesse non tenue contribue à élargir ces 'fissures invisibles'. Ce chapitre met en lumière l'impact dévastateur du silence et de l'omission dans une relation qui se voulait éternelle, mais qui chancelle sous le poids de ses propres fantômes.

L'illusion d'une solidité éternelle

Malgré les signes évidents de détérioration, la façade de l'amour persiste, alimentée par la peur du vide et le déni. Ce chapitre dépeint cette lutte intérieure, où l'espoir d'un renouveau se heurte à la dure réalité des blessures profondes et de la manipulation incessante. Une lecture essentielle pour comprendre les mécanismes subtils qui mènent à la désintégration d'un couple.

Créez votre propre site internet avec Webador