Chapitre XXII — Sensible et dangereux
Lui
Sa mère et mon ancien collègue se rencontrent enfin.
Ils prennent un verre.
Ils discutent longtemps.
Quelques jours plus tard, il m’appelle.
— Elle m’a dit qu’elle n’avait jamais vu sa fille aussi amoureuse.
Je reste silencieux.
Ça me touche plus que je ne veux l’admettre.
Je me dis que c’est vrai.
Que malgré les crises, malgré les tensions, ce qu’on vit est réel.
Elle
Ma mère exagère toujours.
Mais quand je lui parle de lui, quelque chose tremble dans ma voix.
Je déteste ça.
Elle
Un après-midi dans la semaine, on va en ville récupérer son permis.
On le lui avait suspendu pour alcool au volant.
Comme il travaille juste à côté, sur un chantier pas loin du centre, on décide de passer le voir là-bas.
Il sourit en nous voyant.
Ma mère ne lui fait pas la bise.
À peine un bonjour.
Elle le regarde longuement.
Je sens la tension.
Plus tard, quand on s’éloigne, elle me dit :
— Je ne le sens pas. Si tu le manipules comme les autres, il va t’attirer des problèmes. Il va comprendre. Il est accroché, celui-là. Il ne se laissera pas faire.
Je hausse les épaules.
Elle propose d’aller boire un verre pour “fêter” la récupération du permis.
— On vient de te retirer ton permis pour alcool et tu veux boire ? C’est n’importe quoi.
Je suis agacée.
Et en même temps, je sais très bien d’où je viens.
Le soir, chez lui, ma mère m’appelle en visio.
Elle est déjà ivre.
Elle parle de sa dernière conquête : un garçon d’une vingtaine d’années.
— Il m’a dit que je n’étais bonne qu’à baiser
Elle rit en racontant ça.
Cette phrase on a déjà dit trop de fois à moi aussi... Parce que finalement c'est la vérité.
Je vois son regard à lui, choqué.
Il ne comprend pas ce monde-là.
Il ne comprend pas cette façon de parler à sa fille.
Je détourne les yeux.
Lui
Un soir, je l’appelle bouleversé.
J’ai regardé un reportage sur l’assassinat de John Lennon.
— À chaque fois qu’ils annoncent sa mort, je suis tout retourné… Ça me fait pleurer comme si j’avais perdu un ami.
Je me sens un peu idiot.
Elle
Ça me touche.
Il est tellement sensible.
Tellement vrai.
C’est beau.
Et je sais que c’est pour ça que c’est facile. Que c'est facile de jouer avec lui.
Lui
Le samedi, on retourne peindre l’appartement du propriétaire.
On travaille bien.
On se comprend sans parler.
On rigole beaucoup.
En fin d’après-midi, un cousin passe.
On est un peu brouillés à cause de la politique — lui penche très à droite, la famille plutôt à gauche — mais on se prend dans les bras.
Je suis heureux de le voir.
Ça fait un an qu'on ne s'est pas vu, il était parti à l'étranger pour ses études.
Elle
La politique.
Il en parle avec passion.
Il milite.
Il argumente.
Je lui dis que je trouve ça admirable.
Que j’aime sa cohérence.
Que j’aimerais être aussi engagée.
Il me regarde avec fierté.
La vérité ?
Je m’en fiche.
Mes opinions changent selon la personne en face.
Je m’adapte.
Je prends la couleur du moment.
C’est plus simple.
Ça plaît.
Ça évite les conflits.
Je fais ça depuis toujours.
M'adapter aux idées des autres pour séduire .
Lui
On sort boire un verre.
On rentre.
On regarde un film.
On fait l’amour.
Une routine douce.
Ça me rassure.
Elle
Ça lui plaît, la routine.
À moi aussi… un peu.
Mais une petite voix me dit :
Ça y est. On y est.
Même pas installés ensemble, et déjà cette sensation d’habitude.
Lui
Le dimanche, on va au plan d’eau.
Elle adore ça.
Elle
J’aime le soleil.
Le maillot de bain.
Les regards des hommes sur moi à demi nue.
Je lui raconte que je vais parfois dans des saunas naturistes en Allemagne.
En vérité, j’y vais souvent avec ma meilleure amie.
On y va pour la “liberté”.
Pour draguer.
Pour tester notre pouvoir.
On y a trompé nos compagnons respectifs.
Cherché des hommes.
Cherché des preuves qu’on pouvait toujours partir ailleurs.
Il ne le sait pas.
Il me dit :
— Toi qui dis que tu es prude…
Je réponds :
— Je ne vois pas le rapport.
Il sourit.
— Justement.
On se frôle dans l’eau.
On a envie l'un de l'autre.
On se retient.
Lui
En sortant, je vois un virement inattendu sur mon compte.
Je réserve une table dans mon restaurant préféré : mézzés libanais, turcs, grecs, cocktails frais.
On rentre.
On se change.
On se fait beaux.
Elle
Encore une fois, je me sens princesse.
C’est lui qui invite.
C’est lui qui choisit.
C’est lui qui organise.
Je profite.
Je me sens aimée.
Un instant heureuse.
Un instant amoureuse.
Puis je me demande :
Est-ce que j’admire vraiment ses convictions ?
Ou est-ce que j’aime simplement la manière dont il me regarde quand je prétends les partager ?
Je ne sais jamais.
Je joue.
Et parfois je me demande
si je joue encore
ou si je me suis perdue dans le rôle.
Lui
Ce soir-là, on fait l’amour comme si rien d’autre n’existait.
Comme si tout ce qu’on s’était fait subir n’avait jamais existé.
C’est intense.
C’est fluide.
C’est presque simple.
Je la sens avec moi, vraiment avec moi.
Je me dis : c’est ça, voilà.
On est enfin au même endroit.
Je crois qu’on est connectés.
Je le crois vraiment.
Elle
C’est fort.
Je le sens aussi.
Il est entier, il est présent, il me regarde comme si j’étais unique.
Je dis qu’on est connectés.
Je le pense à cet instant.
C’est vrai.
Ou en tout cas ça ressemble à quelque chose de vrai.
Lui
Après, je reste contre elle.
Je suis encore dans ce moment suspendu.
Je me dis que peut-être, pour une fois, ça peut être paisible.
Elle
Je me mets sur le dos.
Je fixe le plafond.
C’était trop parfait.
Trop lisse.
Trop rassurant.
Alors je dis que mon ex — celui avec qui je vis encore —
je peux lui reprocher beaucoup de choses…
mais qu’au lit, quand même, il est impressionnant.
Qu’il tient longtemps.
Qu’une fois ça a duré une heure et demie.
Qu'il est vraiment très bien monté.
Je dis ça doucement.
Comme une confidence.
Comme si ce n’était rien.
Lui
Je ne réponds pas.
Je sens quelque chose se casser.
Je ne comprends pas.
On était connectés.
Pourquoi me parler de lui maintenant ?
Pourquoi comparer ?
Je me demande si je suis suffisant.
Si elle pense à lui quand elle est avec moi.
Si je suis juste une variation.
Je me tais.
Parce que je sais que si je parle, je serai “jaloux”.
Elle
Je vois son silence.
Je vois la fissure.
C’est exactement ce que je voulais provoquer.
Pas pour le détruire.
Juste pour qu’il doute.
Pour qu’il veuille faire mieux.
Pour qu’il demande à être rassuré.
Pour qu’il se demande s’il est à la hauteur.
Pour qu'ensuite je puisse encore lui reprocher d'être jaloux et possessif et peu sûr de lui.
Parce que quand tout est parfait, j’étouffe.
J’ai besoin qu’il y ait une tension.
Sinon je ne ressens plus rien.
Lui
Je reste allongé à côté d’elle.
Je ne comprends pas ce qu’elle fait.
Je ne comprends pas pourquoi, après un moment aussi beau,
elle plante un couteau comme ça.
Je me demande si c’est moi le problème.
Encore.
Et je me déchire en silence.

La fragilité des sentiments dévoilée
Ce chapitre explore les recoins les plus intimes de l'âme, là où la sensibilité se confronte à la dure réalité. Chaque mot, chaque regard devient une révélation, exposant des failles que l'on croyait cachées. La vulnérabilité est à son comble, et avec elle, la possibilité d'une blessure profonde. Découvrez comment les personnages naviguent dans ce paysage émotionnel complexe, où la vérité est à la fois libératrice et déchirante.

Le piège se referme
Mais au-delà de la sensibilité, le danger guette. Les manipulations s'intensifient, les mensonges se font plus audacieux, créant une atmosphère de tension palpable. Chaque décision pèse lourd, chaque interaction est une épreuve. Le chemin devient périlleux, et l'issue incertaine. Plongez dans l'escalade des enjeux et les menaces invisibles qui pèsent sur l'histoire d'amour, poussant les protagonistes vers un point de non-retour.

L'effondrement se dessine
Ce chapitre laissera les lecteurs avec un sentiment de tension profonde et l'anticipation de ce qui est à venir. La ligne entre l'amour et la destruction s'estompe, et les conséquences de chaque choix se font de plus en plus claires. La complexité des relations humaines, les trahisons cachées et les vérités difficiles à accepter sont au cœur de ce récit poignant. Préparez-vous à être bousculé et à vouloir connaître la suite.
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